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Puget-Milon de Crotone

Soyons franche. Je ne serai pas sans doute pas objective aujourd’hui car j’aime tout particulièrement l’artiste du jour, Pierre Puget, né le 16 octobre 1620, il y a 393 ans. Pour moi, il est l’égal des plus grands sculpteurs, comme Michel-Ange ou Le Bernin. A ma décharge, je ne suis pas seule. Dès le XVIIIe siècle, une gravure d’Edme Jeaurat le présente comme le « Michel-Ange de la France ». Au XIXe siècle, Falconnet, Rude, Rodin, Delacroix, Cézanne témoignent de leur admiration pour le sculpteur et Baudelaire le célèbre même comme un des « phares » de l’humanité au même titre que Léonard de Vinci, Rembrandt ou Watteau…

Son Milon de Crotone (1682) désormais au Louvre, fut sculpté pour le roi Louis XIV et présenté à l’entrée du Tapis vert à Versailles. Le sujet de cette sculpture, tout comme son intensité dramatique détonnent au milieu des figures académiques en vigueur à Versailles.

Milon de Crotone est un des athlètes grecs les plus célèbres de l’Antiquité, une sorte de surhomme à l’image d’Usain Bolt aujourd’hui. Il pulvérisa tous les records de l’époque en remportant six fois les Jeux Olympiques, un record inégalé. La confiance qu’il avait en ses forces finit par lui être fatale. Vieillissant, il voulut tester une dernière fois sa vigueur en fendant un tronc d’arbre avec sa main. Or, celle-ci resta prisonnière du tronc et il fut dévoré par les loups. Puget a remplacé les loups par un lion, animal à la musculature puissante. Son œuvre est une réflexion sur l’orgueil de l’Homme qui refuse de vieillir. La coupe gagnée aux Jeux par l’athlète qui gît sur le sol à ses pieds souligne combien la gloire humaine est éphémère. Le choix d’un tel sujet pour une œuvre destinée au grand Louis XIV est très surprenant. Puget réitérera la même audace quelques années plus tard avec une autre œuvre destinée au Roi, Alexandre et Diogène.

La torsion du corps et l’intensité de la douleur de Milon sont fascinants. Le corps de l’athlète forme un immense zig-zag qui culmine avec la tête renversée en arrière dans un cri déchirant. Ses orteils sont recroquevillés, ses muscles tendus, ses veines saillantes… On ne se lasse pas de tourner au tour de la sculpture à la recherche des multiples signes de souffrance de Milon. La virtuosité du ciseau de Puget qui sculpte les griffes du lion s’enfonçant dans la chair de l’athlète nous fait oublier le marbre ! D’ailleurs, lorsque la sculpture fut dévoilée à Versailles, la reine Marie-Thérèse se serait écriée : « Le pauvre homme !« .

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