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Jeune fille endormie - MBA Budapest

Jeune fille endormie, vers 1610-1620, Budapest, musée des Beaux-Arts

Certaines œuvres résistent encore à l’expertise des plus grands historiens d’art. Cette jeune fille endormie du musée des Beaux-Arts de Budapest en est un bel exemple. On ignore aujourd’hui qui en est l’auteur et son sujet lui-même intrigue.

La toile semble avoir été peinte dans la première moitié du XVIIe siècle, peut-être à Rome, par un artiste très influencé par Caravage. Le clair-obscur marqué et le réalisme avec lequel est dépeinte la jeune fille font en effet indéniablement de l’auteur de cette toile un « caravagesque ». Mais est-il romain ou plutôt originaire des Flandres ? Les spécialistes ont tour à tour tenté de rattacher cette toile à l’œuvre de Domenico Fetti, Sigismondo Coccapani, Bernardo Strozzi, Claude Vignon, Artemisia Gentileschi et Theodoor van Loon, sans qu’aucune de ces attributions ne se soit jamais avérée totalement convaincante. Mais après tout, là n’est pas l’essentiel. Peu importe le nom de son auteur, laissons ce débat aux spécialistes et apprécions le tableau…

Le fond sombre et neutre conjugué à un puissant éclairage provenant de la gauche mettent en valeur le visage de la jeune fille aux yeux clos. Son sommeil paisible donne à la toile une atmosphère poétique et intimiste pleine de charme. La lumière est utilisée par les caravagesques pour mettre en exergue les éléments essentiels du tableau.

Jeune fille endormie detail

Jeune fille endormie – Détail

Or ici, elle illumine, outre le visage de la jeune dormeuse, les accessoires (perles, fleurs de jasmin, plume et rubans) qui ornent sa coiffure, le mouchoir en dentelle qu’elle serre dans ses mains, le tissu plissé et vaporeux de sa chemise et la nappe de brocart rouge tissé d’or sur laquelle elle s’est assoupie. Tous ces détails permettent au peintre de démontrer avec quelle virtuosité il sait représenter chaque matériau, mais aussi sans doute, à nous indiquer qui est cette jeune fille. La chemise, la coiffure et la nappe luxueuses soulignent l’opulence dans laquelle elle vit. Le mouchoir froissé entre ses doigts semble, quant à lui,  faire allusion au fait qu’elle était en larmes avant de s’endormir. Pour toutes ces raisons, ce tableau pourrait représenter Marie-Madeleine repentante qui se serait endormie sous le poids du remords. La toile ayant été découpée, il est possible d’imaginer que les parties manquantes comprenaient d’autres indices plus courants permettant d’identifier avec certitude une Marie-Madeleine repentante, comme par exemple, un pot à onguent ou des bijoux abandonnés par la jeune pécheresse en signe de renoncement aux luxe et plaisirs de sa vie passée.

Le charme qui se dégage de cette jeune fille assoupie est exprimé avec une telle tendresse qu’il pourrait également s’agir du portrait, il est vrai tout à fait original pour l’époque, d’une jeune fille proche de l’artiste, peut-être sa fille ou la femme qu’il aime… Le mystère reste entier, pour notre plus grand plaisir, car cela ne fait qu’accroître le magnétisme du tableau.

 

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