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Courbet - L homme blesse

Gustave Courbet, L’Homme blessé, 1844-1854, Paris, musée d’Orsay

Les autoportraits occupent une place importante dans les œuvres de jeunesse de Courbet. Ils sont, pour le peintre, autant d’occasions de revendiquer son héritage auprès des peintres hollandais et vénitiens, mais surtout, d’exprimer son lyrisme romantique.

Avec cet Homme blessé, comme avec son célébrissime Désespéré, Courbet semble en effet vouloir nous prendre à témoin et nous convaincre de cette vision romantique, à la mode au milieu du XIXe siècle, qui fait de l’artiste un démiurge solitaire et incompris. A l’image de beaucoup de musiciens, peintres ou poètes contemporains, Courbet associe indéniablement création artistique et souffrance. Ainsi, il dira à Proudhon « La vraie beauté ne se rencontre parmi nous que dans la souffrance et dans la douleur » et ajoutera même à propos de ce tableau : « Voilà pourquoi mon Duelliste mourant est beau ».

Cependant, Courbet était attaché à ce tableau plus qu’à aucun autre de ses autoportraits. Il n’a jamais voulu le vendre, ni s’en séparer. Il l’emporta même dans son exil en Suisse, dans les derniers jours sombres de sa vie. La raison qui explique cet attachement particulier de l’artiste à ce tableau a sans doute été découverte… en 1973.

A cette date, L’Homme blessé a été soumis à une analyse radiographique qui a permis de découvrir que deux compositions plus anciennes se trouvaient sous le dessin actuel. La première des compositions sous-jacentes représente une portrait de jeune femme ébauché et non terminé, confirmant ainsi l’habitude connue de Courbet de réutiliser plusieurs fois les mêmes toiles. Mais ce qui est intéressant, c’est plutôt la deuxième composition. Elle figure en quelque sorte le début de l’histoire racontée par L’Homme blessé. On devine en effet à la radiographie une composition très proche du magnifique dessin de Courbet, La Sieste champêtre, conservé au musée de Besançon.

Courbet - La sieste champetre

Gustave Courbet, La sieste champêtre, vers 1841, Besançon, musée des Beaux-Arts

Le peintre se représente jeune est imberbe, endormi au pied d’un arbre tandis qu’une jeune femme pose amoureusement sa tête sur son épaule. Cette première composition a sans doute était peinte vers 1844. Courbet partage alors le quotidien d’une jeune femme, Virginie Binet, qu’il qualifie « d’amour de sa vie ». Il vivra avec elle dix ans de passion et il auront ensemble un enfant.

Courbet - L Homme blesse 2

Seulement comme le chantaient les Rita Mitsouko, « les histoires d’amour finissent mal… en général » et la belle Virginie finit par abandonner le jeune Gustave. Cette rupture laisse l’artiste anéanti. Il reprend alors sa toile vers 1854 et transforme radicalement la première vision paisible et idyllique dont l’image lui est devenue si douloureuse. Il reprend le visage du jeune homme pour lui ajouter une barbe et des traits plus mûrs, fait disparaître la jeune femme et ajoute un trait rouge bien visible sur la chemise blanche de l’homme pour figurer une blessure en plein cœur. L’épée, à gauche, évoque un duel dont vous comprendrez sans mal la cause…

C’est un trou de verdure où chante une rivière
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil de la montagne fière,
Luit : C’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, Le dormeur du val, octobre 1870

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