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Boucher-charmes de la vie champetre

François Boucher – Les charmes de la vie champêtre, vers 1740, Paris, musée du Louvre

Lorsque François Boucher peint ces Charmes de la vie champêtre vers 1740, le genre pastoral connaît un véritable succès auprès du public parisien et envahit tous les arts. Poèmes, romans, pièces de théâtre, opéras et tableaux mettent en scène les amours de bergers et bergères de convention dans une nature idéalisée.

Cette mode trouve son origine dans la redécouverte au XVIe siècle de la littérature arcadienne. La poésie antique, notamment celle de Théocrite ou Les Bucoliques de Virgile, décrivait en effet l’Arcadie, cette région bien réelle du centre du Péloponnèse, comme un lieu primitif et idyllique où les hommes vivaient en harmonie avec la nature. Sous leur plume, l’Arcadie devient une sorte de paradis terrestre, un pays idéal où règnent innocence, simplicité et bonheur. Ce monde qui n’a jamais existé et n’existera jamais est pourtant une source de rêverie constante des Hommes à travers les siècles. Les humanistes de la Renaissance y aspirent, comme beaucoup d’autres avant et après eux, et c’est donc avec bonheur qu’ils retrouveront cette poésie arcadienne au XVIe siècle. Certains s’en inspireront pour écrire des romans (comme Sannarazo pour son Arcadie en 1502) ou peindre de magnifiques paysages (comme le vénitien Domenico Campagnola (1500-1564)) mais cela reste assez confidentiel. Rien à voir avec le succès considérable que la pastorale connut à Paris au début du XVIIIe siècle…

Remis au goût du jour par L’Astrée, un roman écrit par Honoré d’Urfé au début du XVIIe siècle et qui raconte les amours des bergers Astrée et Céladon dans la Gaule du Ve siècle, le genre pastoral triomphe, alors notamment en peinture. François Boucher en est le maître incontestable. De nombreux aristocrates fortunés se pressent dans son atelier pour lui commander de petites pastorales destinées à être insérées dans un compartiment chantourné au-dessus d’une porte pour leurs intérieurs refaits au goût rocaille.

Bergers et bergeres

Ce tableau est justement un dessus-de-porte peint par Boucher. La scène se déroule dans une composition qui mêle au premier plan ruines et végétation luxuriante puis plus loin dans le tableau, s’ouvre sur une vallée paisible, évocation de l’Arcadie grecque. Au centre de la toile, idéalisé, ressemblant plus à un hobereau tout droit sorti d’un salon parisien qu’à un pâtre rustique, le berger est vêtu très élégamment. Il a la peau claire de celui qui ignore les travaux en extérieur et porte un habit à la française, une perruque et un catogan. Très respectueusement agenouillé devant deux jeunes bergères, il leur fait la cour. Les jeunes filles assises au pied d’une fontaine sont toutes aussi élégantes que leur prétendant… si élégantes qu’elles tiennent leurs moutons en laisse avec des rubans bleus !

Index

Le berger n’est pas plus rustre dans ses manières que dans son habillement. Respectueux et galant, il offre aux deux jeunes filles une guirlande de fleurs et des moutons. Une des jeunes femmes lève l’index pour lui demander de ne point trop en faire et le tenir à distance.

Bas relief

Seul le bas-relief figuré sur les ruines derrière les jeunes femmes et représentant des amours chevauchant un bouc évoque peut-être la suite de l’histoire…

L’idéal de “galanterie” constitue au XVIIIe siècle une valeur identitaire forte pour les Français. L’Astrée d’Honoré d’Urfé a instauré les normes de convenance en la matière. “L’amour galant”, sans taire l’inclination des sens, prône la tendresse, la sincérité, le respect mutuel et la fidélité dans une absolue discrétion. On est loin des tableaux de noces paysannes de Brueghel où les paysans empoignent leurs femmes avec vigueur et des petites gouaches de Baudouin où le jeune aristocrate renverse la jolie domestique dans le secret d’un lit à alcôve !

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