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Avez-vous déjà remarqué qu’un orange placé aux côtés d’un bleu devient bien plus lumineux et qu’il en va de même pour un rouge placé tout contre un vert ou un jaune juxtaposé avec un violet ?

Cette loi dite « loi du contraste simultané des couleurs » a été abondamment exploitée par les peintres impressionnistes et post-impressionnistes à la fin du XIXe siècle. Renoir, Monet, Van Gogh, Seurat… ont tous construit un grand nombre de leurs tableaux autour de cette fameuse loi.

Claude Monet - Coquelicots - 1873 - Paris, musée d'Orsay

Claude Monet – Coquelicots – 1873 – Paris, musée  d’Orsay

Claude Monet - La Gare Saint-Lazare - 1877 - Paris, musée d'Orsay

Claude Monet – La Gare Saint-Lazare – 1877 – Paris, musée d’Orsay

Prenons l’exemple de Claude Monet, pour Coquelicots (1873, musée d’Orsay), il juxtapose des touches de rouge et de vert ; pour Impression Soleil Levant  (1872, musée Marmottan), il choisit un soleil orange qui illumine le ciel bleu ; enfin dans La Gare Saint-Lazare (1877, musée d’Orsay) les façades des immeubles baignées par une lumière jaune émergent des fumées violacées émises par les trains.

Cette loi du contraste simultané des couleurs est un phénomène optique lié à notre perception des couleurs. Notre œil, lorsqu’il perçoit une couleur, exige en même temps (simultanément) sa couleur complémentaire et, si elle ne lui ait pas donnée, il la crée lui-même. Ainsi lorsque nous voyons un orange, notre œil crée automatiquement autour de cette couleur un halo avec sa couleur complémentaire (le bleu), si bien que si le peintre a placé à côté du orange, la couleur bleue, celle-ci apparaît à notre œil plus lumineuse, plus saturée encore qu’elle ne l’est réellement. A l’inverse, si le peintre a placé une autre couleur que le bleu à côté du orange, celle-ci est ternie, en quelque sorte « salie » par ce léger halo bleu que notre œil crée automatiquement.

Ce phénomène optique a été théorisé par un chimiste français, Michel-Eugène Chevreul au début du XIXe siècle. En 1824, Louis XVIII nomme Chevreul Directeur des teintures aux Manufactures royales des Gobelins. Dès le début de ses fonctions, il reçoit des plaintes sur la qualité de certaines couleurs sorties de son atelier. Après de nombreuses expérimentations, il découvre que le problème n’est pas lié à la qualité des pigments utilisés mais d’ordre optique. Lorsqu’on juxtapose deux objets colorés, chacun influence la perception qu’a l’œil de la nuance et du ton de l’autre. Ampère l’encourage à formuler ses observations sous forme de loi. C’est ainsi qu’en 1839 il fait paraître un son ouvrage « De la loi du contraste simultané des couleurs » qui influencera significativement les peintres de la fin du XIXe siècle.

Vincent Van Gogh, Terrasse du café, le soir - 1888 - Otterlo, Kröller-Müller

Vincent Van Gogh, Terrasse du café, le soir – 1888 – Otterlo, Kröller-Müller

Van Gogh est lui aussi un fervent adepte de la théorie du contraste simultané des couleurs comme le montre très clairement l’opposition jaune-violet qu’il utilise dans ce tableau intitulé Terrasse du café, le soir (1888, Otterlo, Musée Kröller-Müller).

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