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Alexandre et Diogène - Puget

Alexandre le Grand est mort un 13 juin, en l’an 323 avant JC, il y a 2336 ans aujourd’hui.

Roi de Macédoine, élève d’Aristote, il est un des plus grands conquérants de l’Histoire et l’un des plus célèbres personnages de l’Antiquité. Lorsqu’il accède au trône de Macédoine en l’an 336 av. JC, son ambition est de conquérir l’ensemble du monde alors connu !… et il y parvient presque en l’espace de moins de quinze ans. En effet, quand il décède en 323 av. JC, son empire s’étend des rives de l’Indus à la Grèce en passant par l‘Egypte.

Pour évoquer cette grande figure de l’Histoire, j’ai choisi l’impressionnant haut-relief intitulé Alexandre et Diogène sculpté par Pierre Puget entre 1671 et 1689 et aujourd’hui exposé au musée du Louvre. Ce haut-relief est saisissant en raison de ses dimensions (plus de trois mètres de haut et de large) mais aussi parce que les personnages semblent littéralement surgir du support. Pierre Puget qui effectua plusieurs séjours en Italie est sans conteste le plus grand représentant en France de la sculpture baroque. Allez voir son Persée et Andromède ou son Milon de Crotone, également au Louvre et vous comprendrez pourquoi Jacob Burckhardt affirmait que «Puget a été plus berniniste que le Bernin lui-même» !

Le plus étonnant dans ce haut-relief reste néanmoins le sujet choisi par Puget pour cette commande destinée à Louis XIV. L’œuvre représente en effet la rencontre d’Alexandre le Grand et de Diogène. Cette rencontre improbable entre le jeune et ambitieux roi de Macédoine et le vieux philosophe cynique est semble-t-il historique, elle nous est, en tous cas, rapportée notamment par Plutarque et Cicéron. Diogène est un célèbre philosophe antique, représentant de l’école cynique qui souhaitait vivre comme un chien (Kuôn signifie « chien » en grec et a donné le mot cynique en français), c’est-à-dire dans le mépris des conventions sociales et éloigné de toute richesse. Habillé de guenilles, il vivait dans une grande jarre et faisait l’aumône. Alexandre qui admirait beaucoup le philosophe se serait rendu à Corinthe alors qu’il avait à peine vingt ans pour le rencontrer. Alors qu’il dit à Diogène : «Demande-moi ce que tu veux, je te le donnerai. », Diogène qui vivait dans le plus grand dénuement lui aurait répondu « Ôte-toi de mon soleil ». Le grand Alexandre stupéfait par la réponse du philosophe aurait avoué un jour « Si je n’étais Alexandre, j’aurais voulu être Diogène ».

Puget exprime dans cette œuvre, la prééminence de l’intelligence et de la morale du philosophe sur la force du grand empereur et n’hésite pas à prendre ainsi Louis XIV à parti au travers d’une sculpture qui lui est destinée. La référence au soleil, emblème de Louis XIV, est un pied de nez qui traduit l’hostilité de l’artiste envers le monarque absolu. L’effronterie de Puget n’a d’égale que celle de Diogène !

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