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Filippo Lippi - Vierge a l Enfant avec deux anges

Filippo Lippi est mort le 9 octobre 1469, il y a exactement 544 ans aujourd’hui. La vie privée de ce très grand peintre du Quattrocento ressemble à un roman. Il eut, en effet, une vie plutôt originale et dissolue pour un moine carmélite… Alors qu’il travaillait à la réalisation d’un de ses tableaux, La Vierge à la ceinture (vers 1458, Prato, Museo civico), il tomba en effet éperdument amoureux de la femme qui lui servait de modèle pour peindre sainte Marguerite. Le problème est que non seulement il était moine, mais la femme dont il s’éprit, Lucrezia Buti, était nonne ! Cette histoire d’amour provoqua un immense scandale. Lippi fut poursuivi par la justice florentine pour avoir perverti une religieuse et ne dut son salut qu’à l’intervention de son principal mécène, Cosme de Médicis. Ce dernier obtint du pape Pie II que Lippi soit gracié à condition que Fra Filippo et Lucrezia renoncent à leurs vœux. Le couple eut deux enfants, dont Filippino Lippi qui fut à son tour un grand peintre.

Dans ce tableau intitulé Vierge à l’Enfant avec deux anges (vers 1465, Florence, musée des Offices), la Vierge a également les traits de la belle Lucrezia. Elle est représentée assise, les mains jointes en prière face à l’Enfant, porté par deux anges au sourire enjoué. Sa coiffure sophistiquée est agrémentée de perles, de rubans et couverte par un voile. La grâce et la douceur de cette Vierge qui prend les traits de la femme chérie par le peintre inspireront de nombreux peintres dont Botticelli qui fut l’élève de Lippi.

La composition de ce tableau est très novatrice. Le cadrage serré et la coupure au niveau des genoux sont une nouveauté, de même que la disposition de l’Enfant qui n’est plus assis sur les genoux de sa mère mais porté par deux anges. La disposition du groupe devant une fenêtre ouverte sur un paysage est un principe pictural directement inspiré par la peinture flamande qui influence considérablement les peintres italiens à l’époque. La jambe de la Vierge disposée en diagonale, l’aile de l’ange qui sort du cadre, l’ombre de la Vierge qui se projette sur le chambranle de la fenêtre sont autant de petits détails savamment réfléchis pour creuser l’espace et donner une réalité à la scène.
L’ensemble de ces recherches fait de ce tableau un des plus beaux exemples de peinture de la Renaissance florentine… l’aboutissement d’un mouvement d’humanisation de la religion qui débute artistiquement avec Giotto et intellectuellement avec saint François d’Assises et qui fait progressivement de la Vierge une vraie femme et une vraie mère.

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