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Benoit-portrait d une negresse

Marie-Guillemine Benoist est morte le 8 octobre 1836, il y a exactement 187 ans aujourd’hui. En 1800, lorsqu’elle peint ce tableau intitulé Portrait d’une négresse (1800, Louvre), il y a six ans que la Convention a aboli l’esclavage.

Le sujet de ce tableau est d’autant plus inattendu qu’il est peint par une femme. Le statut de la femme-artiste est encore assez précaire et mal accepté à l’époque. On leur refuse l’accès aux ateliers dans lesquels exercent des hommes et on les cantonne à des genres mineurs. Une femme peintre devrait se limiter à des scènes de genre, des peintures de fleurs ou des portraits mais en aucun cas aborder des sujets historiques ou politiques comme la condition des Noirs. Seulement, madame Benoist est un esprit libre. Elle a été l’élève de David qui a accepté plusieurs femmes comme élèves et a défendu sous l’Ancien Régime leur droit face à l’administration royale.

Marie-Guillemine Benoit signe un tableau militant. Les principes académiques de l’époque affirmaient que « Le sujet noir et la couleur noire étaient un exercice rebelle à la peinture ». Son tableau est la preuve du contraire. Sous son pinceau, les dégradés de la pigmentation de la peau noire, la texture particulière des cheveux sont magnifiques. Elle met en valeur la couleur ébène de la peau de la jeune femme par un subtil contraste chromatique qui l’oppose au blanc immaculé de la robe et du fichu et au fond ivoire. Le titre « Portrait d’une négresse » souligne sans ambiguïté le statut de l’œuvre. Ce n’est ni une figure de fantaisie, ni une étude, ni un modèle d’atelier mais un véritable portrait.
Son modèle, domestique chez son beau-frère, accède au même statut que ces femmes bourgeoises qui font faire leur portrait. Elle est représentée assise dans un élégant fauteuil à dossier médaillon, de trois-quarts, le regard tourné vers le spectateur, dans la position dévolue aux portraits de femme de la haute société. Elle s’apparente à celle de Madame Récamier sur le célèbre portrait que David compose la même année.

Drapée dans des vêtements aux couleurs de la République, cette femme illustre les promesses émancipatrices pour les femmes et les esclaves que contenaient les principes de la Révolution. Son sein nu et fier qui surgit de sa robe renvoie à la figure de Marianne. Cependant, les idées modernes qu’elle incarne ne seront assimilées que progressivement par la société française. En 1802, Napoléon Bonaparte rétablit l’esclavage qui ne sera définitivement aboli en France qu’en 1848. Quant à madame Benoist, elle devra à la Restauration arrêter de peindre et d’exposer ses tableaux alors qu’elle est au sommet de sa carrière afin de ne pas nuire à celle de son mari, monarchiste convaincu, devenu Ministre d’Etat à la faveur du retour de la monarchie…

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