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Watteau- Les deux cousines

Antoine Watteau est né le 10 octobre 1684, il y a exactement 329 ans aujourd’hui. J’aime tout particulièrement son tableau Les deux cousines (vers 1716, Louvre) pour le mystère et la mélancolie qui s’en dégage.

Dans un parc, trois personnages très élégamment vêtus se sont arrêtés au bord d’un étang. Un jeune homme, portant sur son épaule une cape rouge remplie de roses, en offre une à une jeune femme assise près de lui. Celle-ci glisse la fleur dans son corsage. Ce geste est le signe de l’amour partagé dans le langage des fleurs, très en vogue à l’époque. Elle accepte donc les avances de son soupirant. A leur côté, une autre jeune femme, debout et de dos, se détourne et semble regarder au loin, le parc qui s’ouvre sur l’infini. On ne sait pas au juste ce qu’elle regarde : l’étang, l’autre rive où se dresse une statue et devise un autre couple ? Cette femme vêtue d’une élégante robe beige rosé, les cheveux relevés en chignon, retient l’attention du spectateur. En la peignant de dos, Watteau dissimule son regard et ses sentiments. Il nous laisse deviner ses états d’âme au travers de petits riens : sa nuque fine et fragile, un horizon brumeux, une façon très subtile de suggérer qu’elle regarde sans voir. La jeune femme semble se résoudre à cette solitude pesante à laquelle elle est soudain soumise. Tout à l’heure encore, elle formait sans doute avec ses deux compagnons, un groupe joyeux et gai, se réjouissant de cette fête pour laquelle elle s’était si joliment parée… Maintenant, elle se sent triste et seule. Elle se laisse aller à la mélancolie alors que tout autour d’elle appelle à la fête et au bonheur.

Notons, la mise en page très originale utilisée par Watteau qui a décentré sur la partie droite du tableau l’ensemble de ses personnages, laissant ainsi beaucoup de place au vide et au rêve. Ce tableau intrigue et on aimerait trouver matière à interprétation grâce à son titre. Malheureusement, celui-ci n’est pas d’une grande aide. Il a été donné au tableau plusieurs années après la mort de Watteau par Jean de Jullienne lorsqu’il constitua le recueil gravé de l’œuvre de l’artiste, afin de le différencier des multiples autres fêtes galantes. Le mystère reste donc entier, comme toujours avec Watteau qui est le maitre du « demi-mot». Il laisse le spectateur que nous sommes, incarner ses propres angoisses dans une simple figure frêle et gracile…

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