Il n’est pas rare de rencontrer, au hasard d’une visite dans une église ou un musée, une représentation allégorique des vertus. Elles furent très souvent illustrées par les artistes dès le Moyen-âge. Peu nombreux sont pourtant ceux d’entre nous qui sont capables de les identifier. Le mot « vertu » lui-même n’est d’ailleurs plus guère à la mode. On l’utilise très peu si bien que l’on en a presque perdu le sens. Une vertu pourrait se définir comme une disposition acquise (et non pas innée) qui habilite l’homme à agir bien.

Il s’agit d’une très ancienne notion philosophique qui date de l’Antiquité. Dès le IVe siècle avant J-C, Platon distingue déjà quatre vertus principales : la prudence, le courage, la tempérance et la justice. Ces concepts philosophiques sont ensuite reprises par les Pères de l’Église, puis par St Thomas d’Aquin et deviennent des vertus chrétiennes. Elles sont alors qualifiées de « cardinales » (du latin « cardo » qui signifie charnière ou pivot) car elles sont les vertus charnières, dont découlent toutes les autres. Elles sont alors également complétées par trois vertus dites « théologales » (foi, charité et espérance) pour former les sept vertus chrétiennes.

Simon Vouet,  Allégorie de la Prudence, 1645, Montpellier, musée Fabre

Simon Vouet, Allégorie de la Prudence, 1645, Montpellier, musée Fabre

Étymologiquement en grec, la Prudence désigne l’acte de penser. Première de toutes les vertus pour St Thomas d’Aquin, elle est proche de ce que notre langage moderne désigne sous le terme de « sagesse ». Il s’agit en effet de la disposition qui permet à l’Homme de décider ce qu’il convient de faire, en fonction de ce qu’il juge bon ou mauvais. Elle est représentée par les artistes sous les traits d’une femme et est identifiable à ses attributs, le serpent et le miroir. Le serpent qui l’accompagne s’explique par un verset de l’Évangile selon St Matthieu : « Soyez prudents comme les serpents et simples comme les colombes » (Matthieu X, 16). Le miroir de la Prudence ne doit pas nous induire en erreur. Il n’est pas un symbole de vanité mais de l’examen de conscience qui doit présider à toute action sage. Le miroir réfléchit notre image et nous permet de voir au plus profond de nous même, de sonder notre propre conscience pour en tirer la meilleure prise de décision. De plus, le miroir, à l’image du rétroviseur, nous permet de voir derrière nous, de méditer le passé pour construire l’avenir.

Giotto, La Force, vers 1306, Padoue, chapelle Scrovegni

Giotto, La Force, vers 1306, Padoue, chapelle Scrovegni

La deuxième vertu cardinale est la Force ou le Courage. La force dont il est ici question n’est pas la force physique mais la force d’âme (Fortitudo en latin). Posséder la vertu de force d’âme, c’est être capable de surmonter la plus grande des faiblesses humaines, la peur. L’homme est par nature enclin à craindre le danger, les épreuves, la souffrance et la mort. Être fort, c’est être capable de s’affirmer et de rester fidèle à ses valeurs, malgré cette peur. Les attributs accompagnant le plus souvent l’allégorie de la force sont le bouclier, la colonne et la peau de lion. Le bouclier se comprend aisément, il est l’arme défensive par excellence. Il protège la Force des peurs et doutes qui l’assaillent. La colonne et la peau de lion rappellent le souvenir de Samson et Hercule, deux héros incarnant la vertu de courage. La colonne comme symbole de la force d’âme trouve sa source dans un passage de l’Apocalypse (3, 11-12) : « Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne. Celui qui vaincra, j’en ferai une colonne dans le temple de mon Dieu. » Cette colonne est souvent brisée par allusion à l’exploit de Samson, héros biblique, qui incarne dans sa lutte contre les Philistins, un exemple de la force non seulement physique mais aussi morale. La peau de lion est quant à elle l’attribut traditionnel d’Hercule, modèle de courage qui affronta les Douze Travaux que lui imposait Erystée pour expier la faute qui l’avait conduit à massacrer sa femme et ses enfants.

Michel Dorigny, La Tempérance, XVIe siècle, Paris, musée du Louvre

Michel Dorigny, La Tempérance, XVIIe siècle, Paris, musée du Louvre

La Tempérance est la vertu de la mesure et de l’équilibre. Celle qui permet à l’Homme de se maitriser et de modérer ses passions afin qu’elles ne l’emportent pas sur sa raison. La jeune femme qui personnifie la tempérance est généralement représentée, versant un liquide d’un vase à l’autre. Ceci doit être compris comme un geste destiné à couper le vin avec de l’eau.

Gaetano Gandolfi, Allégorie de la Justice, XVIIIe siècle, Paris, musée du Louvre

Gaetano Gandolfi, Allégorie de la Justice, XVIIIe siècle, Paris, musée du Louvre

La Justice est une vertu qui conduit l’Homme à vouloir donner à chacun ce qui lui est universellement dû. L’allégorie de la Justice tient d’une main l’épée et de l’autre la balance, ses attributs habituels. L’épée symbolise le pouvoir exécutif de la Justice qui frappe le coupable. La balance dont les deux plateaux sont en parfait équilibre signifie l’impartialité.

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