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Annonciation du triptyque de Mérode - Robert Campin

Peinte entre 1422 et 1430 par le peintre flamand Robert Campin, cette Annonciation est le panneau central du Triptyque de Mérode (NY, Metropolitan Museum). Même si, au premier regard, elle n’en a pas l’air, elle est « révolutionnaire » ! Jusqu’au XIVe siècle, les peintres mettent en scène l’Annonciation, comme tous les épisodes de l’histoire biblique, sur un fond doré. Puis, quand le fond doré disparaît, elle est représentée dans un palais ou une église. Mais ici, Robert Campin la représente dans un intérieur bourgeois, ce qui est très nouveau…

Ni la Vierge Marie, ni l’Ange Gabriel ne portent d’auréole. A part les ailes de l’ange, un seul petit détail nous signale que nous assistons à une scène mystique : à travers la lucarne ronde située au-dessus de l’ange un enfant minuscule et nu, porté par sept rayons dorés se dirigent vers la Vierge. Il s’agit de l’Enfant Jésus portant sa croix sur son dos qui semble voler jusqu’au ventre de sa mère.

Les choses simples de la vie quotidienne sont élevées à la dignité d’image, qui plus est, d’image religieuse. Voilà la «révolution» apportée par la peinture flamande au XVe siècle… Si la perspective n’est pas aussi parfaite que chez certains de ses contemporains italiens (notamment Masaccio), Robert Campin décrit avec amour et précision chacun des meubles et objets qui compose son tableau. A l’extrémité du banc derrière Marie, on reconnaît même un tourillon autour duquel on pouvait faire pivoter le dossier du banc de l’autre côté afin de pouvoir s’asseoir en hiver face à la cheminée ! Cependant, ne nous y trompons pas, comme chez Van Eyck, chaque détail figuré de façon si réaliste, n’est pas représenté pour lui-même mais porteur d’un message théologique. Le lys blanc dans le vase, la serviette blanche immaculée et l’eau dans le bassin en cuivre illustrent la pureté de la Vierge. Les lions sculptés sur les accoudoirs du banc évoquent le trône de Salomon. La Vierge est assise à même le sol en signe d’humilité et a enveloppé le livre qu’elle est en train de lire dans un linge, en signe de respect pour les textes sacrés.

La chandelle à côté de Marie vient de s’éteindre comme le montrent les tourbillons de fumée qui s’en élèvent. Le peintre a sans doute voulu ainsi représenter le Saint-Esprit  qui en descendant dans la pièce a soufflé la bougie ! Le surnaturel représenté sous les traits du quotidien…

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