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Jean-François Lemoyne, Hercule et Omphale, 1724, Paris, musée du Louvre

Jean-François Lemoyne, Hercule et Omphale, 1724, Paris, musée du Louvre

Féminisme et inversion des genres, l’histoire d’Hercule et Omphale est d’une étonnante modernité. Dans l’imaginaire collectif, Hercule est LE symbole de puissance physique et de virilité ; ce héros vaillant et intrépide qui survécut sans égratignure, ni courbature à une série de douze travaux plus inhumains les uns que les autres. Mais connaissez-vous l’histoire de son aventure avec Omphale ? Bien moins célèbre que celle des Douze Travaux, elle écorne largement le mythe. Attention, vous allez changer votre regard sur l’Arnold Schwarzenegger des temps antiques…

Au IIe siècle avant JC, Apollodore (Bibliothèque II, 6, 1-4) nous raconte qu’ayant tué un certain Iphitos à la suite d’une de ses crises de démence, Hercule tomba gravement malade. Il se rendit alors à Delphes afin de consulter la Pythie et savoir comment il pourrait être délivré de son mal. L’oracle d’Apollon lui prescrivit de se vendre comme esclave pendant trois ans et de céder le prix de sa vente au père de sa victime comme réparation. Hercule suivit les recommandations de la Pythie et se mit en vente. La reine de Lydie, une région d’Asie Mineure aujourd’hui située en Turquie, acheta Hercule. Elle soumis le héros grec à toute une série de missions qui consistaient à débarrasser son royaume de divers monstres et brigands. Puis, une fois le travail achevé, Omphale lui rendit sa liberté.

Dans cette version assez ancienne de l’histoire d’Hercule et Omphale, s’il est vrai qu’ Hercule apparaît entièrement soumis aux ordres d’une femme, il n’y a rien de bien compromettant pour la virilité de notre héros. Il reste dans son rôle classique d’homme vaillant aux incroyables pectoraux combattant monstres et ennemis. Mais les auteurs contemporains d’Auguste vont reprendre cette histoire en amplifiant la soumission du héros jusqu’à la caricature. Ils se plairont à décrire comment, sous l’emprise de sa maîtresse, l’identité masculine du héros vacille. Ainsi, Ovide (Les Fastes, Livre II) écrit-il : « La princesse s’amuse à or­ner Hercule de ses vêtements. Elle lui donne sa tunique légère, teinte de la pourpre africaine ; elle lui donne la ceinture qui pressait tout à l’heure son sein délicat : mais la ceinture est trop étroite pour le corps d’Hercule ; ses vastes mains brisent la tunique pour s’ouvrir un pas­sage. Les bracelets n’étaient pas faits pour un tel bras, ils se rompent ; une étroite chaussure enchaîne les pieds du héros. Omphale, à son tour, prend la lourde massue, la dépouille du lion, et les traits les plus légers du car­quois. ». Properce (Elégie, III, 11, 17-20) en rajoute, expliquant qu’Hercule allongé aux pieds d’Omphale s’arme d’un fuseau et « de sa main tant de fois victorieuse » filait la douce laine ! Un siècle plus tard, Lucien de Samosate (Comment il faut écrire l’histoire, X) porte le coup fatal à la légendaire virilité du héros en écrivant « Tandis qu’Omphale, couverte de la peau du lion de Némée, tenait la massue, Hercule, habillé en femme, vêtu d’une robe de pourpre, travaillait à des ouvrages de laine, et souffrait qu’Omphale lui donnât quelquefois de petits soufflets avec sa pantoufle ».

Hercule amolli, parfumé, revêtu d’atours féminins et homme battu, qui l’eut cru ?

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