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Ingres - La grande Odalisque

La Grande Odalisque (1814, Louvre) fut commandée à Ingres en 1813 par la sœur de Napoléon, Caroline Murat, reine de Naples pour faire pendant à un autre nu d’Ingres, appelé La Dormeuse, détruit en 1815.

Le thème du nu féminin est un thème majeur de l’art occidental depuis la Renaissance. La plupart des artistes choisissent de peindre une « Vénus » car seule une référence mythologique (Vénus, Danaé…) ou biblique (Eve, Suzanne et les vieillards…) peut alors justifier de peindre un corps féminin dévêtu. Pour faire accepter son nu, Ingres choisit quant à lui, de le transposer dans cet Orient fantasmé où les odalisques, c’est-à-dire les femmes des harems, se prélassent nues dans leurs intérieurs ou aux bains et qui fait rêvé l’ensemble du monde occidental en ce début du XIXe siècle. De nombreuses autres œuvres d’Ingres se rattachent tout au long de sa carrière à l’orientalisme, notamment Le Bain turc (1862, Louvre) peint à la fin de sa vie. Son orientalisme est un orientalisme de pure convention car, contrairement à certains de ses contemporains comme Delacroix, l’artiste ne s’est jamais rendu en Turquie, ni en Afrique du Nord. Il s’inspire pour peindre ses tableaux de récits de voyage, de gravures contemporaines ou peut-être même de miniatures persanes qui fleurissent alors en Europe. Cependant, la magie opère. Il nous transporte dans un de ces merveilleux contes des milles et une nuit. Le luxe et l’exotisme sont mis en scène grâce aux accessoires : chasse mouches à plumes de paon, turban, narguilé, bijoux et pierre précieuses, riches soieries.

La Grande Odalisque a été peinte à Rome où Ingres s’est installé depuis 1806 car son art déplait à Paris. Le tableau, exposé au Salon de 1819, suscite, comme tous ses tableaux précédents, critiques et incompréhension. Comment l’artiste a-t-il pu déformer à ce point le corps de cette femme ? Sait-il vraiment dessiner ?

La réponse est « oui », bien entendu. Ingres avait une formation académique très poussée, et savait parfaitement dessiner les nus. Il fit d’ailleurs pour ce tableau de très nombreuses études préparatoires parfaitement exactes du point de vue anatomique. Les déformations n’apparaissent que dans le tableau définitif. Dans ce dernier, pour créer beauté et sensualité, Ingres privilégie les lignes allongées et sinueuses aux dépens de la vérité anatomique. Il donne à son odalisque une pose improbable, lui tord le cou, lui déforme un sein et lui allonge démesurément le dos de trois ou cinq vertèbres dans le seul but d’accentuer sa grâce et la ligne sinueuse de son dos. Voilà enfin résolue l’énigme du dos interminable de la Grande Odalisque…

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