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Vien-La marchande d'amours

Comme le disait Nietzsche « le diable est dans les détails »… Cette toile n’est pas aussi sage qu’elle n’y parait !

La marchande d’amours (1763, musée national du château de Fontainebleau) est un tableau de Joseph-Marie Vien, un peintre aujourd’hui un peu oublié mais qui connu pourtant un immense succès de son vivant. A partir du milieu des années 1760, soit à peu près la date à laquelle ce tableau fut présenté au Salon, l’artiste connu les honneurs et la célébrité. Ainsi, par exemple, en 1772, Madame du Barry suivit l’engouement général pour le peintre en renvoyant à Fragonard les quatre grands panneaux  décoratifs qu’elle lui avait commandés pour son pavillon de Louveciennes et qu’il avait déjà livrés pour les remplacer par des compositions de Vien. Le succès de Vien ne faiblit pas après la Révolution, bien au contraire. Son élève, Jacques-Louis David avait tellement d’estime pour lui qu’il tint à lui rendre hommage en représentant en 1804 dans une loge dans son célèbre tableau du Sacre (Louvre) alors que Vien n’assista jamais au couronnement de l’Empereur. Napoléon lui-même le nomma comte d’Empire et lui fait l’honneur de funérailles nationales au Panthéon. Il reste à ce jour le seul peintre reposant en ce lieu !

Alors, pourquoi tant de titres et de gloires ?  Ses contemporains le voyaient comme le père du néo-classicisme en peinture, le restaurateur de la « grande peinture française », qui avait réintroduit la grande manière et le goût de l’antique. La Marchande d’amours symbolisa pour beaucoup de critiques du Salon de 1763, le retour à un art qui se distinguait par la simplicité, la grâce et des couleurs pures, après les extravagances et la frivolité des œuvres rococo. Aux yeux de tous, ce tableau inaugurait ce style épuré et glacé, cette matière porcelainée et cette composition en frise se détachant sur un fond d’architecture qui allaient devenir les constantes du néo-classicisme français.

Cependant, comme le souligne Diderot dans son commentaire de cette œuvre, «les critiques sont de sottes gens !». Lui seul eut l’œil suffisamment avisé pour reconnaître les détails grivois de cette œuvre en apparence si sage : « le geste indécent de ce petit Amour papillon que l’esclave tient par les ailes ; il a la main droite appuyée au pli de son bras gauche qui, en se relevant, indique d’une manière très significative la mesure du plaisir qu’il promet » « et puis cette suivante qui, d’un bras qui pend nonchalamment, va de distraction ou d’instinct relever avec l’extrémité de ses jolis doigts le bord de sa tunique à l’endroit... ».

Cette œuvre est une œuvre de transition. Si son traitement pictural et son vocabulaire décoratif annonce le style néo-classique de David, son sujet frivole et grivois le rattache encore à la peinture rococo et ne s’apparente encore nullement à la grande peinture d’histoire.  Vien n’est pas encore un peintre néo-classique. Il a contribué à ouvrir de nouvelles voies qui reprises par son élève David conduiront le néo-classicisme à un nouveau sommet de l’histoire de la peinture. Comme l’artiste a dit lui-même, « J’ai entrouvert la porte, David l’a poussée« …

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