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Rembrandt - Isaac et Rebecca

L’homme, dans un geste protecteur, a passé son bras gauche autour des épaules de la jeune femme. Il pose sa main droite sur la poitrine de sa compagne. Celle-ci répond à ce geste tendre en effleurant légèrement de sa main les doigts de son compagnon.

Qui est ce couple représenté par Rembrandt ?

Ce tableau, aujourd’hui dans les collections du Rijksmuseum d’Amsterdam, est apparu sur le marché de l’art au milieu du XIXe siècle sous le titre de La fiancée juive. Le collectionneur d’Amsterdam qui le possédait avait cru reconnaître dans la jeune femme, un fiancée juive à laquelle son père ferait ses adieux avant qu’elle ne se marie. Cette identification est cependant extravagante, car elle est en totale contradiction avec l’intimité des gestes des deux personnages. Pourtant, le tableau est encore aujourd’hui souvent présenté avec ce titre. Plus tard au XIXe siècle, en raison de la description très précise des visages, on crut qu’il s’agissait d’un portrait d’un notable hollandais et de son épouse. Il est vrai qu’au XVIIe siècle, les portraits de couples déguisés étaient à la mode en Hollande… Cependant, on privilégie aujourd’hui l’hypothèse de la représentation d’un épisode de l’Ancien Testament. Le tableau représenterait un couple biblique, sans doute Isaac et Rebecca, à qui des contemporains de Rembrandt auraient peut-être prêté leurs traits. Aucun élément dans le tableau ne venant cependant conforter cette thèse, le doute subsiste…

Et, il est probable que Rembrandt l’ait voulu ainsi ! Arrivé au terme de sa vie, il se souciait peu de raconter des histoires facilement lisibles. Chaque portrait ou autoportrait, chaque scène biblique, n’est qu’un prétexte pour raconter la beauté et la complexité de «l’aventure humaine» dans laquelle se mêle l’amour, la solitude, la joie, la tristesse, la vieillesse… Ce qui intéresse ici Rembrandt, ce n’est pas que le spectateur puisse aisément identifier Isaac et Rebecca mais qu’il puisse ressentir l’amour conjugal et l’intimité qui lient ce couple. Il s’attache à traduire avec justesse le regard et le geste doux et protecteur de l’homme, la caresse silencieuse de son épouse perdue dans ses pensées.

« Quelle intimité, quelle extrême compassion dans ce tableau! » s’exclama Vincent Van Gogh lorsqu’il découvrit ce tableau en 1885. Ce tableau le marqua profondément et il confia à son frère Théo dans une de ses lettres : « Je donnerais volontiers dix ans de ma vie pour pouvoir rester ici encore quinze jours devant ce tableau avec pour seul nourriture un bout de pain sec. »

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