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Antonio Tempesta, détail du plafond des Galeries du musées des Offices à Florence, décorés de grotesques, vers 1580

Antonio Tempesta, détail du plafond des Galeries du musées des Offices à Florence, décorés de grotesques, vers 1580

A la fin du XVe siècle, un jeune Romain tombe dans un trou alors qu’il se promène sur les flancs de l’Esquilin, une des sept collines de Rome. Au fond de ce trou, il découvre avec émerveillement des « grottes » fantastiques recouvertes de peintures surprenantes. Il ignore qu’il vient de redécouvrir le palais antique de l’empereur Néron, enseveli 1400 ans plus tôt.

La nouvelle de cette découverte incroyable se répand rapidement dans la ville. Artistes et curieux se pressent pour arpenter à leur tour ces grottes extraordinaires et déblayer de nouvelles salles. Raphaël, Michel-Ange, et plus tard Filippino Lippi descendent ainsi, torche en main, dans ces salles souterraines. Tous sont subjugués par leur décoration murale insolite et fantaisiste. Putti, sphinges, femmes ailées, griffons, centaures et autres monstres hybrides emplissent les murs se mêlant aux feuilles d’acanthe et de vigne qui s’enroulent à l’infini.

L’ensemble ne ressemble à rien de connu… et est si éloigné de l’image que l’on s’était fait jusqu’alors du style antique associé à la rigueur, la symétrie et l’équilibre. Cette fantaisie décorative remet également en cause les principes illusionnistes chers aux grands maîtres du Quattrocento.

Il n’y a plus aucune recherche de perspective. Les figures hybrides et autres monstres évoluent sur un fond uni blanc, un monde en deux dimensions, dépourvu de profondeur. Les lois de la gravité sont également remises en cause. De grosses créatures sont soutenues par des piliers filiformes bien trop minces pour les soutenir, des poids pendent à des fils bien trop fins pour les supporter…. Les pattes d’un cheval se terminent en feuillages et les jambes d’un homme en queue de poisson. On croit reconnaître une allusion mythologique ou une représentation allégorique mais on ne parvient jamais à donner un sens à l’ensemble. Les grotesques mettent à rude épreuve notre volonté de tout comprendre. Ils marquent le refus de la narration et de la composition et le triomphe du chaos, de l’imagination incontrôlable, et de la sensualité.

Raphaël - Les Loges du palais du Vatican - 1517-1518

Raphaël – Les Loges du palais du Vatican – 1517-1518

Ces ensembles foisonnants, comiques et débridés, en opposition totale avec l’idéal classique, séduisent les peintres maniéristes qui y voient une source d’inspiration providentielle pour renouveler leur art et de sortir de l’ombre des grands maîtres qui les ont précédé. En imitant le style de ces peintures murales, ils peuvent enfin libérer leur imagination tout en bénéficiant de la caution de modèles antiques. Ils mettent donc au point un nouveau style de décoration baptisé « grotesques » puisqu’il imite le décor mural de « grottes » récemment découvertes. Murs et voûtes des palais italiens se couvrent dès lors d’une accumulation de petits animaux fantastiques et de guirlandes de feuillages. Citons, à titre d’exemples la loggia du palais du Vatican décoré par Raphaël et Giovanni da Udine en 1517-1518 ou le plafond des couloirs des Offices de Florence peints à la fin du XVIe siècle.

Plafond des galeries du musée des Offices de Florence

Plafond des galeries du musée des Offices de Florence

Les décors « à la grotesque » reproduits et diffusés grâce à la gravure, ne tarderont pas à se répandre en Europe tout au long du XVIe siècle. En France, par exemple, ce style sera introduit grâce aux gravures de Jacques Androuet du Cerceau.

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