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Vallotton - La loge de theatre

Une bonne raison pour aller visiter l’exposition Vallotton au Grand Palais ? Elle regroupe un nombre très important d’œuvres issues de collections privées qui sont habituellement invisibles. Parmi ces tableaux, il y quelques petits bijoux comme cette Loge de théâtre (1909, Coll. part) qui est pour moi, un des chefs-d’œuvre de ce peintre. Un concentré du meilleur Vallotton… ce qui explique sans doute que le Grand Palais ait choisi ce tableau pour figurer sur l’affiche de l’exposition.

Vallotton pousse ici très loin le principe du synthétisme, cher au mouvement Nabi. La composition est divisée en deux par une ligne oblique qui figure le rebord de la loge. Tout le bas du tableau est occupé par le balcon qui forme une large surface jaune d’or. La partie supérieure, entièrement plongée dans l’ombre n’est qu’une large surface noire. Seules se détachent dans cette pénombre, deux têtes, celles d’un homme et d’une femme. L’homme est en retrait par rapport au bord du balcon si bien que l’on ne voit que le haut de son visage, encadré de cheveux noirs. Ses yeux ne regardent pas le spectacle et la scène qui en toute logique doit se dérouler sur la gauche, mais lancent un regard glacial en direction de sa femme assise à droite. Les traits du visage de cette dernière sont décrits très sommairement. Son chapeau de tulle rose à large rebord jette une ombre sur son visage. Sans que l’on sache vraiment définir pourquoi, la scène paraît immédiatement pesante, oppressante. La clef de l’intrigue se trouve au premier plan : la petite main de la femme crispée dans un gant blanc et soulignée par son ombre portée sur le bord de la loge. Dans la nervosité qu’elle révèle, on lit un drame, non pas celle de la pièce jouée sur scène mais un autre, bien réel, celui d’un couple qui se déchire, d’une femme qui revendique le premier rôle en tournant le dos à son mari.

Vallotton réussit un véritable tour de force : suggérer l’ambiance électrique qui règne au sein de ce couple avec seulement deux grandes surfaces colorées, deux visages à peine esquissés, un regard et un poing fermé !

Le peintre a peu d’illusion sur le couple et sur la société bourgeoise dans laquelle il vit. Il représente à de multiples reprises dans ses tableaux, comme dans ses gravures des couples bourgeois dont il dénonce l’hypocrisie avec une ironie sourde et subtile. Tout est dans l’allusion, comme par exemple le sous-titre qu’il donne à ce tableau : Le monsieur et la dame

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