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Jean Fouquet, Pietà de Nouans, vers 1450-1465, Nouans-les-Fontaines, église Saint-Martin

Jean Fouquet, Pietà de Nouans, vers 1450-1465, Nouans-les-Fontaines, église Saint-Martin

Je vous ai déjà parlé, il y a quelques temps, du très grand peintre qu’était Jean Fouquet et de son tableau le plus célèbre, le Diptyque de Melun (ici). C’est une œuvre beaucoup moins connue mais toute aussi exceptionnelle que je vous présente aujourd’hui.

La Pietà de Nouans est méconnue du grand public car c’est une œuvre qui se mérite. On ne la découvre pas, au hasard d’une visite dans un grand musée d’Anvers ou de Berlin, comme les deux éléments du Diptyque de Melun. Pour la voir, il faut parcourir les petites routes de campagne et aller religieusement lui rendre visite dans l’église de Noauns-les-Fontaines, un petit village de moins de 800 âmes aux confins de la Touraine !

Fouquet a choisi pour cette toile une iconographie très originale. La scène représentée est à mi-chemin entre une Pietà et une Descente de croix. Une Piéta figure généralement la Vierge tenant le corps de son Fils mort sur ses genoux, épisode qui se situe chronologiquement entre la Descente de Croix et la Mise au tombeau. Or, ici ce n’est pas la Vierge mais Nicodème et Joseph d’Arimathie qui tiennent le corps du Christ. Ces derniers le déposent doucement sur les genoux de sa mère. Le seul autre exemple connu de cette iconographie rare est une Descente de Croix de Hugo van der Goes, un peintre flamand contemporain de Fouquet, mais l’œuvre de Van der Goes a aujourd’hui disparu et est connue uniquement par une gravure et plusieurs répliques.

Jean Fouquet - Pietà de Nouans - détail

Jean Fouquet – Pietà de Nouans – détail

Le tableau se distingue également, comme toujours chez Fouquet, par une géométrisation et une épure exceptionnelles pour un peintre du XVe siècle. Lorsque l’on observe longuement la toile, on est saisi le calme, le silence et l’absence totale de violence qui en émane. Tout dans cette scène qui devrait être éprouvante est d’une douceur extrême. Aucune goutte de sang ne s’échappe des plaies du Christ et son visage est exempt de toute marque de souffrance. La douleur de la Vierge est également très contenue. Seuls ses mains nouées et ses yeux rougis par les larmes évoquent sa peine. L’œuvre invite le spectateur à une longue méditation silencieuse. On est ici bien loin de « l’expressionnisme » des Descentes de Croix médiévales ou de la « théâtralisation » des artistes baroques.

Fouquet - Pieta de Nouans 2

Jean Fouquet – Pietà de Nouans – détail

Le fond de la toile traduit également la modernité et l’originalité de Fouquet. Il n’opte ni pour le fond doré des peintres médiévaux, ni pour le paysage des artistes de la Renaissance, mais choisit de disposer ses personnages sur un fond uni bleu-vert quasi-abstrait très surprenant qui lui permet de situer la scène hors du temps, dans un contexte intemporel et sacré.

Jean Fouquet - Pietà de Noauns - détail

Jean Fouquet – Pietà de Noauns – détail

Fouquet utilise la même technique que celle déjà décrite pour le Diptyque de Melun pour distinguer les personnages divins des simples mortels. La Vierge et le Christ ont une carnation irréelle, sans ombre, blanche et très lisse, leurs traits et leurs vêtements sont simples et intemporels alors que les autres personnages (Joseph d’Arimathie, Nicodème, le chanoine donateur) ont des visages caractérisés qui ressemblent à des portraits et leurs habits sont décrits avec beaucoup de détails. On notera notamment le soin extrême porté par le peintre au rendu de l’admirable surplis porté par le chanoine donateur

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