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Image de synthèse présentant une reconstitution du chaland gallo-romain « Arles-Rhône 3 » transportant sa cargaison de pierres

Dans les années 50 à 60 après JC, alors que Néron règne à Rome, une longue barge à fond plat est amarrée dans le port fluvial d’Arlate (Arles romaine). Cette embarcation que l’on appelle un « chaland », réalise de fréquents allers-retours entre Arles et l’embouchure du Rhône, charriant dans un sens les marchandises issues du commerce méditerranéen en Gaule et dans l’autre sens, les productions gauloises destinées à l’exportation. La descente du fleuve se fait grâce au courant, la remontée grâce aux hommes qui le halent depuis la berge par un corde attachée au sommet d’un mât de 3m70 de haut. Un immense gouvernail placé dans l’axe de la poupe, permet de diriger le chaland. Ce jour-là, l’embarcation est chargée de près de 30 tonnes de pierres de construction en calcaire prélevées dans la carrière Saint-Gabriel près de Tarascon. Pour une raison inconnue, peut-être en raison d’une crue soudaine, le chaland rompt soudainement son amarre et coule brutalement sans laisser le temps aux marins de récupérer leurs affaires personnelles.

L’embarcation est rapidement recouverte par les limons charriés par le Rhône et les déchets jetés dans le fleuve. Cette enveloppe de protection naturelle va lui assurer des conditions de conservation exceptionnelle et lui permettre de traverser les siècles totalement intacte…. Jusqu’en 2004. Cette année-là, quelques planches de bois sont repérées, par huit mètres de fond, dans les eaux troubles du fleuve, par une les membres d’une mission d’archéologues qui cartographient les fonds du fleuve. Des études et sondages menés entre 2005 et 2007 permettent de déterminer que l’épave profondément enfoncée dans la vase mesure plus de 26 mètres de long et est entière. En 2008, des fouilles sont menées dans les eaux froides et polluées du Rhône. Les archéologues déblaient des centaines de mètres cubes de sédiments, des milliers d’objets de toutes natures et confirment l’intérêt de cette découverte. En 2010, on prend la décision de remonter le navire à la surface dans le but de l’exposer lors des manifestations prévues en 2013, année où Marseille a été choisie pour être capitale européenne de la culture.

Le 1er août 2011, le premier tronçon de l'épave est sorti des eaux du Rhône

Le 1er août 2011, le premier tronçon de l’épave est sorti des eaux du Rhône

Le relevage de l’embarcation est néanmoins une opération périlleuse. Comment sortir de l’eau une barge mesurant 31 mètres de long et pesant environ 8 tonnes mais dont le poids dans l’eau est environ 8 fois supérieur, sachant que le bois gorgé d’eau depuis des siècles est aussi fragile que le cristal et ne doit absolument pas sécher sous peine de décomposition immédiate ? Trop lourde pour être soulevée d’un seul tenant, trop grande pour entrer dans les piscines des restaurateurs, l’embarcation va être découpée sous l’eau en dix tronçons. Le courant et la faible visibilité compliquent la tâche. Une fois sortis de l’eau dans des berceaux d’acier en forme de U, les dix tronçons sont continuellement arrosés et emmenés par camion au laboratoire Art-Nuclear de Grenoble chargé de leur restauration.

Dans ce laboratoire, toutes les pièces ont ainsi passé près de 8 mois dans d’immenses bacs remplis de résine. Le reliquat d’eau a ensuite été éliminé par lyophilisation : une congélation à -30° a transformé l’eau en glace ; une mise sous vide a provoqué la sublimation de la glace qui s’est évaporée. En moins de deux mois, le bois était sec, sans déformation. Les pièces sont recollées, consolidées, reconstituées avec des bois modernes pour les parties manquantes. La dernière phase est celle du remontage en atelier à partir des plans dessinés par les archéologues. Puis, le bateau est une nouvelle fois démonté et transporté au musée d’Arles, où il est remonté sur son support dans une grande aile de 800m2 construit spécialement pour l’accueillir.

Chaland Arles-Rhône 3 exposé au musée départemantal d'Arles antique

Chaland Arles-Rhône 3 exposé au musée départemantal d’Arles antique

L’état de conservation du chaland est tel que le navire possède encore son gouvernail, son mat de halage, une partie de ses poulies et de ses cordages et même la cuisine des mariniers avec leurs ustensiles, leur four et la réserve de bois pour la prochaine cuisson.

Fond de dolium utilisé comme foyer (à droite), ustensiles de cuisine et lampe à huile retrouvés dans le chaland

Avec cette opération de sauvetage en tout point exceptionnelle, le chaland gallo-romain, baptisé « Arles-Rhône 3 » par les archéologues, a rejoint le club très fermé des bateaux trouvés complets en fouille, sauvés et installés dans un musée. S’il existe d’assez nombreux fonds de carène ou fragments de navire de par le monde, seuls le Vasa de Stockholm, la Mary Rose de Portsmouth, la jonque Nanhai 1 de Canton, les bateaux vikings d’Oslo et le chaland Arles-Rhône 3 répondent à cette définition.

Si vous passez par Arles sur la route des vacances, arrêtez-vous pour visiter son musée. Très lumineux et moderne, le musée est agréable à visiter et renferme outre le chaland Arles-Rhône 3, une très belle collection.

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