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Diego Velazquez, Portrait de femme (sibylle?), vers 1650, Dallas, Meadows Museum

Diego Velazquez, Portrait de femme (sibylle?), vers 1650, Dallas, Meadows Museum

Pour mieux saisir l’ampleur du génie de Velázquez, rien ne vaut les tableaux qu’il réalisa lors de son second voyage en Italie, entre 1649 et 1651.

Agé de cinquante ans, il est alors à l’apogée de son art et de sa carrière. Adulé par le roi d’Espagne Philippe IV dont il est le peintre officiel depuis plus de 25 ans, il peint de nombreux portraits officiels de la famille royale et décore leurs résidences madrilènes. Il ne manque ni de commandes, ni d’honneurs. Seule ombre au tableau : l’artificialité de la cour et la rigidité de son étiquette lui pèsent. Malgré tous ses efforts pour insuffler vie et modernité aux portraits royaux, ceux-ci restent dominés par des codes stricts qui l’empêchent bien souvent de laisser totalement libre cours à son pinceau et à son talent.

Pour se ressourcer, il choisit de se rendre à nouveau l’Italie où il a déjà effectué un premier séjour, 20 ans plus tôt. Il obtient de Philippe IV une mission officielle pour se rendre dans la péninsule italienne : il chargé d’y acheter pour le roi des tableaux et de faire effectuer des moulages de statues antiques.

Velázquez débarque à Gênes au printemps 1649. Son séjour italien durera deux ans. Pendant cette période, il accomplit sa mission officielle mais n’oublie pas qu’il est également peintre. A Rome, il donnera naissance à plusieurs de ses plus beaux chefs-d’œuvre : la Vénus au miroir, le Portrait d’Innocent X … et ce petit portrait de femme, conservé à Dallas, bien moins célèbre mais qui est une pure merveille ! Malgré le titre de sibylle sous lequel la toile entra dans les collections du musée, nous ignorons ce qu’elle représente exactement et à quelle date elle a été peinte, mais là n’est pas l’essentiel.

Détail

Détail

Libéré des contraintes inhérentes aux portraits officiels, Velázquez laisse aller son pinceau. Il peint cette sibylle, et notamment sa chemise, avec des touches rapides et vibrantes très proches de celles qu’utiliseront les impressionnistes plus de 200 ans plus tard. Velázquez n’est pas un peintre des couleurs vives mais ses noirs et ses blancs sont somptueux. La chemise blanche construite avec des touches de lumière blanche mais aussi bleues, vertes ou roses est d’une étonnante modernité qui nous rappelle la neige de La Pie de Monet ou les toilettes blanches des femmes peintes par Berthe Morisot, autre grand peintre de la couleur blanche.

L’autre élément qui frappe le spectateur de ce petit tableau, c’est son naturalisme époustouflant. La nuque dégagée par les cheveux remontés en chignon, la chemise d’intérieur légèrement transparente, la bouche entrouverte et le sein négligemment découvert, dégagent une instantanéité et une sensualité explicite qui rend cette femme extrêmement vivante. Velázquez peint avec une telle application la chair lumineuse et douce de son bras que l’on est en droit de se demander si le peintre n’a pas fait ici le portrait d’une femme qu’il a aimée. Si, en raison de son iconographie assez proche par exemple de celle des sibylles peintes par Michel-Ange à la chapelle Sixtine, on a pu penser que cette femme était une prophétesse antique, on peut également imaginer que le modèle utilisé par Velázquez pour peindre cette sibylle est peut-être la femme avec laquelle il eut un fils, Antonio, né en 1651… C’est du moins mon sentiment.

Pour plus de détails sur les sibylles voir ici.

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