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Léonard de Vinci, Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco Giocondo, dit La Joconde ou Monna Lisa, vers 1503-1519, Louvre (détail)

Léonard de Vinci, Portrait de Lisa Gherardini, épouse de Francesco Giocondo, dit La Joconde ou Monna Lisa, vers 1503-1519, Louvre (détail)

Tout commence, un dimanche d’été, le 20 août 1911. Un nombre important de visiteurs endimanchés profite de ce jour de congé, pour arpenter les couloirs du Louvre et saluer la Joconde qui est alors exposée dans le Salon Carré. Noyés au milieu de cette foule, trois visiteurs un peu particuliers passent totalement inaperçus. Ce sont trois Italiens, Vincenzo Peruggia et les frères Lancelotti. Ils guettent le moment favorable pour mettre leur plan à exécution.

Reconstitution du vol de la Joconde par Vincenzo Peruggia

Reconstitution du vol de la Joconde par Vincenzo Peruggia

A la faveur d’un moment d’inattention de la part des gardiens, ils se glissent dans un petit cagibi caché derrière une tenture. Peruggia connaît bien les recoins du Louvre. Il est vitrier et a travaillé avec les ouvriers du musée pour mettre certains tableaux sous verre. Les heures passent et les trois compères attendent patiemment la fermeture du musée. Pendant la nuit, ils sortent de leur cachette, décrochent la Joconde et « se déguisent » en agent d’entretien en revêtant une blouse blanche. Le lendemain matin, un lundi, le musée est fermé au public. C’est le jour du ménage et seuls les agents d’entretien déambulent dans les couloirs du musée. Avec leur déguisement, les trois complices se mêlent à eux et sortent sans encombre du musée… le tableau sous le bras, consciencieusement emballé dans une étoffe.

L'emplacement de la Joconde au Louvre en 1911 après le vol

L’emplacement de la Joconde au Louvre en 1911 après le vol

Le mardi matin, dès l’ouverture, le peintre Louis Béroud se rend au Louvre où il a coutume de faire de nombreuses copies, afin de réaliser un croquis pour son prochain tableau, Monna Lisa au Louvre. Arrivé dans le Salon Carré, il constate l’absence du portrait de la belle Italienne. Il se renseigne auprès des gardiens pour connaître la raison de cette disparition soudaine. On pense tout d’abord que le tableau a été décroché pour être photographié ou pour être étudié par un conservateur mais très vite, il faut se rendre à l’évidence… La Joconde a disparu !

fiche anthropométrique de Vincenzo Peruggia

Très rapidement, on alerte les autorités et le Chef de la Sûreté accompagné de nombreux enquêteurs et gendarmes commencent leur enquête. En fouillant le musée, on retrouve le cadre et la vitre qui protégeait La Joconde. Sur celle-ci figure une empreinte de pouce, seul indice. On compara cette empreinte avec celle des 257 employés du Louvre, en vain.

Une du journal

Une du journal « Le Petit Parisien » du 23 août 1911

La nouvelle se répand. Le scandale enfle. Les attaques fusent. Le directeur du Louvre, Théophile Homolle qui était en vacances revient précipitamment à Paris. Il avait déclaré quelques mois plus tôt : « Voler Mona Lisa ? Mais c’est comme penser que quelqu’un puisse voler la tour de la cathédrale Notre-Dame ! ». Critiqué, il est contraint de démissionner. Les députés chahutent, la presse à scandale s’empare de l’affaire et toute la France joue au détective. On surveille les ports, les gares et même son voisin de palier ! L’affaire ravive nationalisme et antisémitisme. Serait-ce pas un complot Juif ou l’œuvre d’un espion allemand ? Pendant que les hypothèses les plus folles courent, le public vient chaque jour plus nombreux contempler le vide laissé sur les cimaises du Louvre par le vol du chef-d’œuvre. La Société des Amis du Louvre offre une récompense de 25.000 francs à qui permettra de retrouver le tableau. Le juge d’instruction, que la presse a surnommé ironiquement « le marri de la Joconde », arrête et emprisonne quelques jours Guillaume Apollinaire dans le cadre de l’affaire. Le poète a eu le tort de  déclarer au cours de l’enquête qu’il fallait « brûler le musée du Louvre ». De plus, son secrétaire qui avait dérobé trois têtes phéniciennes au Louvre vient d’en envoyer une à Paris Journal en déclarant avoir également volé La Joconde. Pablo Picasso qui a acheté une des têtes phéniciennes est à son tour interrogé… mais tous deux sont relâchés. Le coupable est introuvable. Petit à petit, l’affaire s’essouffle et la France semble se résoudre à la disparition de son trésor national…

Antiquaire Geri

M. Alfred Geri, l’antiquaire de Florence, auquel fut proposée La Joconde

Mais le loup finit par sortir du bois ! Le 10 décembre 1913, Vicenzo Peruggia se rend à Florence chez un célèbre antiquaire florentin et lui propose de venir l’accompagner dans sa chambre d’hôtel afin qu’il lui montre un magnifique portrait qu’il souhaite lui vendre. Méfiant l’antiquaire se fait accompagner par le directeur du musée des Offices et se rend quelques jours plus tard dans l’hôtel indiqué (qui existe toujours à Florence et s’appelle désormais La Gioconda en souvenir de l’affaire !). L’antiquaire et l’homme de musée reconnaissent bien sûr immédiatement le tableau de Léonard de Vinci et Peruggia est arrêté.

La Joconde et les agents préposés à sa garde, dans la salle des Portraits italiens à la Galerie des Offices -phot. Robert Vaucher.

La Joconde et les agents préposés à sa garde, dans la salle des Portraits italiens à la Galerie des Offices -phot. Robert Vaucher.

La Joconde fut exposée quelques temps à Florence puis fut restituée au Louvre le 4 janvier 1914. Quant au voleur, il passa rapidement aux aveux. Il expliqua qu’il pensait que le tableau de Léonard de Vinci avait été emporté par Napoléon lors de la Campagne d’Italie et qu’il souhaitait ramener Monna Lisa dans sa patrie. Il n’écopa que d’un an de prison. Sa peine fut même réduite à sept mois.

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