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Prise d’une curieuse (et sans doute éphémère) passion pour le genre animal, après l’histoire Clara, le célèbre rhinocéros du XVIIIe siècle la semaine dernière, j’ai décidé de vous conter celle de Médor, le célèbre chien du Louvre qui vécut au XIXe siècle…

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830, Louvre - Le tableau illustre les insurrections populaires de juillet 1830

Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, 1830, Louvre – Le tableau illustre les insurrections populaires de juillet 1830

Le 25 juillet 1830, après quelques mois d’agitation parlementaire, Charles X tente un coup de force constitutionnel pour contrecarrer l’évolution libérale réclamée par beaucoup. Il décide de suspendre la liberté de la presse, dissoudre l’Assemblée, nommer des ultras à des postes clés… Aussitôt, un immense mouvement populaire prend forme dans les rues de Paris. Le peuple se soulève et dresse des barricades. C’est le début des Trois Glorieuses, ces trois jours de révolution (les 27, 28, 29 juillet 1830) qui vont aboutir à la chute de Charles X.

Jean-Louis Bézard, Prise du Louvre le 29 juillet 1830, vers 1830, musée Carnavalet

Jean-Louis Bézard, Prise du Louvre le 29 juillet 1830, vers 1830, musée Carnavalet

Le 29 juillet, les insurgés prennent le Louvre, qui est n’est à l’époque pas uniquement un musée mais aussi le siège du pouvoir royal (le roi réside aux Tuileries). Les insurgés tentent de pénétrer dans le Palais par la Colonnade de Charles Perrault qui est depuis Louis XIV, l’entrée principale du Louvre. Dans l’affrontement, nombre d’entre eux tombent sous les balles des gardes suisses à qui avaient été confié la garde du Palais. Les victimes sont enterrées sur place, à l’angle de la Colonnade et de la rue de Rivoli. Enchantés par la chute du régime impopulaire de Charles X et habités par un sentiment d’intense patriotisme, un nombre important de Parisiens prend alors l’habitude de venir rendre hommage aux « héros du Louvre » au pied de la Colonnade.

femme et chien tombe

Certains finissent par remarquer un chien qui semble monter fidèlement la garde sur la tombe des insurgés. L’animal a le corps couvert de plaies et n’accepte aucune nourriture si bien que son état empire chaque jour. Seule une dame du quartier parvient à l’amadouer, le nourrir et le panser. L’imagination débordante des visiteurs va bon train, on imagine qu’il est le chien d’un des insurgés tombés au pied de la Colonnade, qu’il a été blessé dans les combats et veille depuis son maitre décédé en se tenant sur sa tombe. On lui donne le nom de Médor et l’histoire de ce chien hors du commun se répand dans Paris.

Médor ou le chien du Louvre au tombeau de son maître - Gravure du XIXe siècle représentant la niche de Médor

Médor ou le chien du Louvre au tombeau de son maître – Gravure du XIXe siècle représentant la niche de Médor

Les badauds venus voir Médor grossissent considérablement les rangs de ceux venus rendre hommage aux insurgés et une foule importante se donnent rendez-vous quotidiennement à l’angle de la Colonnade du Louvre. Les gardes du palais construisent pour Médor une niche à côté de la tombe de son maitre sur laquelle on inscrit les vers suivants : « Depuis le jour qu’il a perdu son maître,
Pour lui la vie est un pesant fardeau;
Par son instinct il croit le voir paraître,
 Ah! pauvre ami, ce n’est plus qu’un tombeau. » Victime de sa célébrité, Médor est même victime de plusieurs tentatives d’enlèvement mais le « chien du Louvre » réussit à échapper à chacun de ses ravisseurs, parcourant chaque fois des dizaines de kilomètres pour retrouver la tombe de son maître. Les marchands de souvenirs affluent devant la colonnade vendant des portraits du chien héroïque ou des petits poèmes vantant sa fidélité. Le bénéfice de ces ventes est, paraît-il, destiné à aider les veuves des héros du Louvre…

A partir de 1831, la célébrité de Médor finit par lasser le Parisien qui, comme chacun sait, aime les modes changeantes. Nul ne sait ce que le chien devint… mais il marqua durablement l’histoire puisque des générations de Français appelèrent leur chien Médor, espérant qu’il soit aussi fidèle que l’illustre chien du Louvre !

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