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Au milieu du XVIIIe siècle, l’Europe entière accueille avec enthousiasme, une invitée un peu particulière qui a entrepris de faire la tournée des grandes villes du Vieux Continent, il s’agit de Clara…. Un rhinocéros !

Portrait de Douwe Mout Van der Meer, 1747

Portrait de Douwe Mout Van der Meer, 1747

Clara est née au Bengale en 1738. Après que sa mère a été tuée par des chasseurs, elle est « adoptée » par Jan Albert Sichterman, le directeur de la Compagnie néerlandaises des Indes orientales. Ce dernier la cède ensuite en 1740 à Douwe Mout van der Meer qui travaille également pour la Compagnie néerlandaise des Indes Orientales où il est capitaine au long cours. Embarquée avec son nouveau protecteur sur un navire à destination des Pays-Bas, Clara foule pour la première fois le sol européen, le 22 juillet 1741.

On ne sait pas quelle fut sa réaction mais on imagine aisément l’enthousiasme et la stupeur que déclencha son débarquement sur la port de Rotterdam. Nul n’avait jamais vu un animal si étrange ! Certains, les plus cultivés, connaissaient l’existence du rhinocéros parce que des textes antiques en font mention ou parce qu’ils avaient aperçu la célèbre gravure d’Albrecht Dürer immortalisant le premier rhinocéros parvenu en Europe en 1515, mais aucun n’en avait jamais vu « un vrai », en chair et en os…

Douwe Mout van der Meer compris rapidement la célébrité et l’aisance économique que pourrait lui procurer sa protégée. Après l’avoir exhibée à Anvers et à Bruxelles en 1743 puis à Hambourg en 1744 où une foule immense s’empressa de venir admirer l’animal, il décida de démissionner de son poste à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales et d’entamer une tournée européenne avec le rhinocéros. Il fit construire un véhicule spécial pour transporter Clara et engagea une petite équipe pour la nourrir et maintenir constamment sa peau humide en la massant avec de l’huile de poisson.

Médaille commémorant la venue de Clara à Strasbourg en 1749

Médaille commémorant la venue de Clara à Strasbourg en 1749

La troupe traversa ainsi l’Allemagne, la France, l’Italie, l’Europe centrale puis l’Angleterre. Douwe Mout qui avait indubitablement un excellent sens du commerce, organisa des représentations avec l’animal, faisant payer un billet d’entrée à ceux qui souhaitait l’apercevoir. Il commercialisa également des « produits dérivés » : gravures, affiches, médailles et même des fioles d’urines de rhinocéros sensées posséder des vertus curatives ! Partout, Clara souleva l’enthousiasme des foules. Tous se pressèrent pour l’admirer, petites gens, philosophes, artistes et même rois et princes. Un véritable « rhinomania » s’empara de l’Europe.

Jean-Baptiste Oudry, Portrait de Clara à Paris en 1749, 1749, Staatliches Museum Schwerin (Allemagne)

Jean-Baptiste Oudry, Portrait de Clara à Paris en 1749, 1749, Staatliches Museum Schwerin (Allemagne)

Clara arriva à Reims en décembre 1748 puis à Paris en 1749 où elle séjourna 5 mois. Louis XV se fit présenter l’animal à la Ménagerie de Versailles. Des poèmes et des chansons furent écrits en son honneur. La mode de la coiffure « à la rhinocéros » fut lancée. On nomma même un navire de la Marine Royale « Rhinocéros » en 1751. Le célèbre naturaliste Buffon examina l’animal sous toutes les coutures et Casanova lui-même succomba aux charmes de Clara puisqu’il lui rendit visite à la Foire de Saint-Germain à Paris, comme il le raconte dans ses Mémoires.

Les artistes se firent également écho de cette formidable « rhinomania ». Telle une starlette, Clara posa pour le graveur hollandais Jan Wandelaar, le dessinateur allemand Ridinger à Augsbourg, le peintre français Oudry à Paris et le peintre Pietro Longhi à Venise.

On fabriqua des rhinocéros en porcelaine de Meissen ou des pendules « à la rhinocéros ». La rhinomania lancée par Clara traversa le XVIIIe siècle et perdura donc bien après sa mort, en avril 1758 à Londres…

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