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Jusqu’à la Renaissance, Moïse est souvent représenté la tête surmontée de deux cornes. La plus célèbre de ces représentations est sans doute la statue sculptée par Michel-Ange vers 1515 pour le tombeau du pape Jules II. Il faut également signaler la très belle sculpture réalisée par Claus Sluter pour le puits de Moïse de la Chartreuse de Champmol vers 1404 et une multitude d’enluminures médiévales représentant un Moïse « cornu » recevant les Tables de la Loi.

Mais pourquoi donc Moïse est-il ainsi affublé de cornes ? Il ne s’agit bien évidemment pas d’un trait d’humour grivois de la part d’artistes qui auraient voulu prêter des aventures à l’épouse du prophète. Une telle impertinence n’était pas de mise au Moyen-âge et rien dans la Bible ne nous laisse penser que Sephora, la femme de Moïse lui était infidèle. Il va de soi que ces excroissances ne peuvent pas non plus être comprises comme des attributs diaboliques, Moïse étant reconnu unanimement comme l’un des plus grands prophètes par les trois grandes religions monothéistes.

Aussi curieux que cela puisse paraître, l’explication de cette bizarrerie anatomique est sans doute une banale erreur de traduction ! Jérôme de Stridon, le futur saint Jérôme, fut chargé par le Pape, à la fin du IVe siècle après Jésus-Christ, de traduire la Bible en latin afin de rendre accessible au plus grand nombre, le texte original de l’Ancien Testament (qui était écrit en hébreu) et celui du Nouveau Testament (qui était écrit en grec). Après de longues années de labeur, saint Jérôme mis au point la Vulgate (en latin « Vulgata » signifie rendue accessible).

Le grand saint, bien que très érudit, commit sans doute une erreur en traduisant un passage de l’Exode qui relate la remise par Dieu des tables de la Loi à Moïse. Les versets hébreux mentionnent à trois reprises (Ex 34-29, Ex 34-30 et Ex 34-35) le fait que, lorsqu’il redescend du Sinaï avec les tables de la Loi, le visage de Moïse rayonne de lumière. Or saint Jérôme fut trompé par la proximité phonétique des mots hébreux « karan » (rayonner) et « keren » (cornes) et traduisit « cornuta esset facies sua » (« son visage était cornu ») là où il aurait dû écrire « son visage rayonnait » !

Les artistes de la fin du Moyen-âge et de la Renaissance, très soucieux de rendre les Saintes Ecritures avec la plus grande fidélité, affublèrent donc le grand prophète de deux cornes. Si cette extravagance anatomique disparut à partir du XVIIe siècle, certains artistes cependant comme Philippe de Champaigne (Moïse et les Tables de la Loi, vers 1650, Saint-Pétersbourg, Musée de l’Ermitage) ou Marc Chagall (Moise recevant les tables de la Loi, 1960-1966, Nice, musée Chagall), pour rester à mi-chemin entre un Moïse cornu et un Moïse dont le visage rayonne, représentent cependant Moïse avec deux rayons lumineux au sommet du crâne qui ressemblent un peu à des cornes…

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