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Hokusai - Spectre d Oiwa-san

Cette magnifique estampe en couleur d’Hokusai, intitulée Spectre d’Oiwan-san (1831-1832, Tsuwano, Hokusai Museum of Art) est actuellement présentée dans le cadre de l’exposition consacrée à l’artiste au Grand Palais. Elle appartient à une série d’estampes, ayant pour titre Cent histoires de fantômes.

Les histoires de fantômes étaient à la mode à l’époque d’Edo. Elles étaient généralement racontées dans le cadre d’un jeu. Cent bougies étaient allumées autour du conteur. Celles-ci étaient éteintes une à une, au fur et à mesure que le conteur avait achevé le récit d’une de ces histoires. Cette mise en scène permettait de rendre l’atmosphère de plus en plus terrifiante.

Notre estampe s’inspire de l’un de ces contes de tradition orale. L’histoire d’Oiwa est sans doute la plus célèbre de toutes les histoires japonaises de fantôme. Au XIXe siècle, elle est l’objet de nombreuses représentations de théâtre kabuki et a été adaptée à la télévision et au cinéma plus de trente fois au XXe siècle.

Oiwa est l’épouse de Lemon dont elle attend un enfant. Mais Lemon est ambitieux et aimerait épouser la jeune et séduisante Oume, bien plus riche qu’Oiwa. Il monte alors un complot et parvient à tuer son épouse et à épouser la belle Oume. Cependant, l’esprit vengeur d’Oiwa le poursuit. Ainsi, le soir de sa nuit de noces avec Oume, le diabolique Lemon aperçoit le visage terrifiant d’Oiwa incarné dans une lanterne en papier.

La légende est encore vivace aujourd’hui. Le corps d’Oiwa est censé être enterré près du temple de Myogyo-ji, à Yotsuya, un quartier de l’ancienne Edo (c’est-à-dire l’actuelle ville de Tokyo). On raconte que certaine lanterne prendrait toujours à la nuit tombée la forme du visage d‘Oiwa.

Hokusai a su restituer à merveille le caractère angoissant du conte. Pour cela, il choisit de représenter le moment où la légende prend son tour le plus dramatique. L’artiste réduit sa composition à l’essentiel. Il représente en très gros plan, une lanterne japonaise en papier qui se consume et prend la forme du visage d’Oiwa. Celle-ci est représentée presque hors de tout contexte. Tout au plus devine-t-on à l’arrière plan, la nuit propice à l’apparition du fantôme et quelques branches évoquant le sol où la lanterne s’apprête à tomber. Trois filets de fumée s’échappent de la lanterne. Hokusai tire partie de la forme ovoïde et de la couleur blanche blafarde de la lanterne pour dessiner une surprenante tête de mort. Le papier qui se consume dessine un trou qui fait office de bouche béante tandis que les plis se métamorphosent en rides expressives cernant deux yeux rougeoyants. On croirait presque entendre le cri désespéré de la jeune femme assassinée…

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