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Pablo Picasso, Crucifixion (détail), 1930, Paris, musée Picasso

Pablo Picasso, Crucifixion (détail), 1930, Paris, musée Picasso

Andrea di Bartolo, dit Solario, Crucifixion (détail) - 1503, Paris, musée du Louvre

Andrea di Bartolo, dit Solario, Crucifixion (détail) – 1503, Paris, musée du Louvre

Andrea Mantegna, Crucifixion (détail), 1457-1459, Paris, musée du Louvre

Andrea Mantegna, Crucifixion (détail), 1457-1459, Paris, musée du Louvre

Maitre de Giovanni Barrile (attribué à) - Crucifixion (detail), vers 1350, Paris, musée du Louvre

Maitre de Giovanni Barrile (attribué à) – Crucifixion (detail), vers 1350, Paris, musée du Louvre

Avez-vous déjà remarqué ces hommes qui jouent aux dés au pied de la Croix ?

Du Maitre de Giovanni Barile (vers 1350, Louvre) à Pablo Picasso (1930, musée Picasso) en passant par Andrea Mantegna (1457-59, Louvre) ou Andrea di Bartolo (1503, Louvre), les plus grands peintres ont choisi de représenter, dans leur Crucifixion, des hommes assis au pied de la Croix en train de jouer aux dés. Cette scène peut paraître assez étrange et incongrue. Elle trouve pourtant son origine dans le texte biblique lui-même ou plutôt dans l’interprétation qu’en firent les artistes à la fin du Moyen-âge…

Dans leur long récit de la Passion, chacun des quatre évangélistes évoque en effet le fait qu’immédiatement après avoir crucifié le Christ, les soldats romains tirèrent au sort sa tunique. Saint Jean explique ainsi que les soldats se partagèrent les autres vêtements du Christ en quatre parts mais que tous se disputèrent la tunique. Celle-ci sans couture, tissée de haut en bas par la Vierge pour son fils était particulièrement célèbre. Certains récits légendaires racontent que Marie la lui confectionna dès son plus jeune âge, qu’elle grandissait en même temps que lui et qu’il la conserva sans usure jusqu’au jour de sa mort. Les Romains décidèrent donc de la tirer au sort.

A partir du XIVe siècle, l’habitude se prit parmi les peintres de représenter cette scène de « tirage au sort » sous la forme d’une partie de dés. Si au XXIème siècle, nous représenterions sans doute plus volontiers l’action de « tirer au sort » par un jeu de pile ou face ou un tirage à la courte paille, pour l’homme de la fin du Moyen-âge, le tirage au sort est indissociable du jeu de dés. Etymologiquement, « dé » et « hasard » sont d’ailleurs étroitement liés. En latin, les deux se disent « alea ». La fameuse phrase de César « Alea jacta est » peut ainsi se traduire « Les dés sont jetés » mais aussi « Le sort en est jeté ». De même, le mot « hasard » en français date du XIe siècle et dérive du mot arabe « al-zahr » signifiant « dé à jouer ». Au Moyen-âge, les cartes à jouer n’ont pas encore été importées en Occident et on joue aux dés avec frénésie quelque soit sa condition sociale. Cependant les dés ne sont pas seulement des objets ludiques, ils sont également très fréquemment utilisés pour fixer un partage ou prendre une décision. On raconte par exemple, qu’en 1020, le roi de Suède et le roi de Norvège, qui se disputaient la région de Hising, décidèrent de mettre fin à leur différend en lançant une paire de dés!

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