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Georges de La Tour - Diseuse de Bonne aventure

La Diseuse de bonne aventure, aujourd’hui dans les collections du Metropolitan Museum de New-York est-il un faux ? La question s’est posée, il y a quelques années…

En 1984, un historien d’art britannique, Christopher Wright, publie en effet un livre, L’art du faussaire (The Art of the Forger), dans lequel il affirme que ce tableau n’a pas été peint par Georges de La Tour, le célèbre peintre lorrain du XVIIe siècle, mais par un habile restaurateur français, Emile Delobre… au début du XXe siècle ! La toile est pourtant signée en haut à droite d’une belle et très lisible écriture qui se détache sur le mur du fond : « G. De La Tour Fecit Lunevillæ Lothar  ». De plus, on reconnaît bien dans cette œuvre, le style du grand peintre. Le rendu minutieux des riches costumes, l’importance accordée aux gestes et aux regards des personnages, la portée moralisatrice du sujet, rappellent les autres grands formats diurnes du peintre, notamment les deux versions du Tricheur (musée du Louvre et Kimbell Art Museum). Alors sur quels éléments Wright fonde-t-il son hypothèse ?

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Il raconte dans son livre avoir toujours été convaincu que le tableau était l’œuvre d’un faussaire en raison de la faiblesse de la perspective (ah bon ?) ou de la maladresse dans l’exécution de certains visages (arguments assez faible à mon sens car le visage de la jeune femme au fichu ou de la vieille bohémienne sont au contraire des petites merveilles !) mais qu’une découverte récente a achevé de le convaincre : le mot « Merde » a été inscrit dans la résille du fichu jeté sur les épaules de la jeune fille au fond à gauche.

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Ce petit détail est pour lui la preuve irréfutable que le tableau a été peint par un artiste qui souhaitait faire un pied de nez au petit monde des spécialistes du XVIIe siècle en faisant passer un tableau peint au XXe siècle pour un Georges de La Tour.

Il est d’ailleurs soutenu dans sa thèse par d’autres spécialistes, comme Brian Sewell qui souligne la maladresse du rendu de la main droite du jeune homme qu’il compare à « une demi-livre de saucisses au bout d’une côtelette de porc » ! La polémique enfle… La BBC au Royaume-Uni puis CBS aux Etats-Unis programme sur leurs ondes une émission baptisée « Fake ? » dans laquelle elles exposent longuement les théories de Wright. On murmure même que les conservateurs du Louvre partageraient cette hypothèse ce qui expliquerait qu’ils aient eu des réticences à faire monter les enchères pour cette œuvre dans les années 60 quand elle leur a été proposée et que Malraux alors ministre de la Culture ait accepté que l’œuvre quitte le territoire français…

Le Metropolitan Museum a depuis rétabli avec vigueur la vérité en publiant le résultat d’analyses scientifiques : le tableau est peint sur une toile du XVIIe siècle avec des pigments qui ne sont plus utilisés depuis la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Pierre Rosenberg, grand spécialiste français de la peinture du XVIIe siècle enfonce le clou en exhumant un document d’archives daté de 1879 qui mentionne le tableau et prouve donc que ce tableau existait avant le XXe siècle. Le Met a depuis également expliqué la présence de l’inscription « merde » par une plaisanterie de restaurateur du xxe siècle, tenté par le dessin des mailles du châle de la gitane qui formait déjà, de façon totalement fortuite l’essentiel du mot, et qu’il s’est contenté de compléter. Cet ajout a d’ailleurs été effacé lors d’une restauration dans les années 80.

Si la correspondance entre le sujet de la toile (un jeune homme berné) et la thèse qui a suscité le scandale (d’éminents historiens de l’art eux aussi bernés) est amusante, il semble bien que cette polémique soit aujourd’hui éteinte, et que seule demeure l’évidence d’un chef-d’œuvre de Georges La Tour à découvrir absolument si vous avez la chance d’aller jusqu’à New-York !

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