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Goya-Le chien

Voici sans doute le plus original des tableaux de Francisco Goya… et le chien le plus émouvant de l’histoire de la peinture.

Les yeux levés vers le ciel, le regard que l’on devine triste et mélancolique, ce chien noir apparaît perdu dans l’immensité de l’image. On n’aperçoit seulement sa tête qui émerge d’une zone sombre en bas du tableau et dissimule le reste de son corps. Il semble implorer de l’aide alors qu’il se noie dans des sables mouvants. Au-dessus de lui, une surface ocre d’une taille démesurée, comme un vaste ciel, l’écrase. Comment mieux représenter le vide, la solitude, le désespoir, l’impuissance d’un être minuscule noyé dans l’immensité du monde ? La peinture parvient parfois à dire ce que les mots seuls ne nous permettent pas d’exprimer.

Le Chien de Francis Goya (Madrid, musée du Prado, 1820-1823) se mérite. Le parcours du Prado est ainsi fait que c’est généralement un des derniers tableaux que voit le visiteur avant de quitter le musée. Situé tout au fond de la salle 67, il le surprend et le réveille alors qu’il arrive au terme de sa visite. Quel électrochoc en effet ! Rien à voir avec la gaieté et l’insouciance de L’Ombrelle, ni avec la solennité des portraits de cour ou la sensualité des majas qu’il vient de voir dans les salles précédentes consacrées au même peintre.

Au moment où il peint ce tableau, Goya n’est plus un peintre de cour. Il a déjà 75 ans et est atteint de surdité, ce handicap qui va peu à peu l’isoler du reste du monde. Il vit retiré en ermite dans la Quinta del Sordo, la Maison du Sourd dont il décore les murs d’immenses fresques. Ce Chien est l’une de ces fresques, aujourd’hui connues sous le nom de Peintures noires. Cependant, au sein de cet ensemble décoratif assez énigmatique à l’atmosphère sombre et angoissante, cette œuvre peut-être inachevée se distingue. Elle ne traduit pas le même pessimisme noir que Saturne dévorant l’un de ses fils. Peut-être parce que le fond est légèrement réchauffé par un jaune timide ou parce que les yeux levés vers le ciel du chien introduisent un lueur d’espoir, ce tableau me semble appeler davantage à une intense mélancolie qu’à un désespoir cynique.

On peut bien sûr ne pas être du même avis car comme tout grand chef-d’oeuvre, cette toile garde sa part de mystère. Son dépouillement extrême laisse toute la place à l’imagination et à la rêverie de celui qui la regarde…

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