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Bosch - l escamoteur

Un bateleur est arrivé dans la ville. Il a installé une grande planche de bois sur des tréteaux et enchaine les tours de passe-passe sous les yeux ébahis et toujours plus nombreux des badauds qui s’attroupent devant lui. L’homme tient dans sa main droite une boule qu’il fait apparaître et disparaître sous les cônes posés devant lui sur la table. Face à lui, un grand benêt, courbé en deux, semble hypnotisé par le jeu. Il vomit des grenouilles. On aperçoit en effet un petit batracien surgir entre ses lèvres alors qu’un autre est déjà tombé sur la table. Un voleur caché parmi les badauds dans la foule profite de sa crédulité pour lui dérober sa bourse.

Bienvenue dans le monde étrange et fascinant de Jérôme Bosch ! Ce tableau, intitulé L’escamoteur (vers 1475-1505) lui est en effet attribué. C’est un tableau peu connu car il n’est que très rarement visible du grand public. Il appartient en effet au musée municipal de Saint-Germain-en-Laye qui le conserve religieusement dans un coffre-fort dont il ne sort qu’exceptionnellement (vous l’avez peu être vu dernièrement à l’exposition La dynastie Brueghel à la Pinacothèque de Paris). Ici, nuls monstres hybrides poilus et bedonnants comme dans d’autres tableaux de Jérôme Bosch, cependant son regard satirique et critique sur la nature humaine est bien présent. Il dénonce ici la crédulité des hommes qui « vomissent des grenouilles » (on dirait aujourd’hui qui « avalent des couleuvres ») se faisant ainsi doublement berné par l’escamoteur et par le voleur.

Si le message principal du tableau est facilement accessible, les autres lectures sont plus ardues. Les allusions et allégories possibles sont multiples. Savourons quelques instants, le style de ce peintre qui procède par association d’images et qui se complait dans l’accumulation de symboles.

Qui est cet homme trompé ? A ses côtés se trouve un petit enfant avec un moulinet à la main. Certains y ont vu un signe pour désigner l’homme crédule comme Jean Molinet, un poète avec lequel Bosch aurait eu un différend. Faut-il plutôt y voir une référence à un proverbe flamand « celui qui se laisse séduire par des jongleries perd son argent et devient la risée des enfants » ? L’homme lui-même porte une clé à la ceinture. Est-ce une allusion aux clés de saint Pierre et donc à la papauté, une institution souvent peu appréciée à cette époque où la Réforme va bientôt naitre ?

Qui est donc le voleur ? Son vêtement noir et blanc rappelle l’habit des Dominicains. Ces derniers très puissants à la fin du XVe siècle et ayant mené d’une main de fer l’Inquisition ne sont pas toujours très appréciés non plus…

Toutes ces interprétations ne sont peut-être pas voulues par le peintre, certaines en revanche nous échappent sans doute aujourd’hui… mais qu’importe ! Ce mystère qui autorise chacun d’entre nous, depuis plus de 500 ans, à avoir sa propre lecture du tableau et à y voir se refléter des réflexions toujours actuelles est justement ce qui fait toute la force des œuvres de Jérôme Bosch.

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