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Bibliotheque Charles V

Lorsque vous entrez au musée du Louvre par l’entrée dite « Sully », à l’entresol, dans le hall qui précède les fossés du Louvre médiéval, vous avez peut-être remarqué d’étranges lignes métalliques insérées dans le sol en pierre. Savez-vous ce qu’elles représentent ?

Emplacement du Louvre médiéval (en noir) par rapport au Louvre actuel (en gris)

Ces lignes témoignent des maçonneries disparues d’une partie du Louvre médiéval. L’ancienne place forte construite par Philippe-Auguste et transformée en résidence royale par Charles V se situait à l’emplacement du quart sud-ouest de l’actuelle Cour carrée du Louvre.

Maquette du Louvre médiéval visible dans les salles de l'histoire du Louvre 5sully entresol)

Maquette du Louvre médiéval visible dans les salles de l’histoire du Louvre 5sully entresol)

Ce château-fort était constitué par un donjon central entouré de fossés secs et d’une construction quadrangulaire avec quatre grosses tours d’angles et deux entrées munies d’un pont-levis qui enjambait des fossés en eaux. La base des courtines nord et est et du donjon central ainsi que les fossés qui les entouraient ont été mis au jour par les fouilles archéologiques qui ont précédé la construction du grand Louvre (1984-1985). On peut désormais les admirer au Louvre et j’encourage vivement ceux qui ne les ont jamais vus à se rendre au musée un dimanche pluvieux, les fossés médiévaux méritent à eux-seuls une visite.

Les fossés et les maçonneries sud et ouest ont en revanche disparu car Henri II a construit une partie du Louvre actuel sur leurs fondations. Les lignes métalliques rappellent leur emplacement. La ligne circulaire témoigne ainsi des maçonneries disparues de l’ancienne Tour de la Librairie de Charles V. Sous Charles V (1364-1380), le château défensif devient, grâce à l’architecte Raymond du Temple, une somptueuse résidence royale. Vers 1367, Charles V fait transporter au Louvre ses livres qui étaient jusqu’alors conservés au palais de la Cité et fait installer sa bibliothèque dans la grosse tour située au nord-ouest du Louvre. Le roi accorde une importance considérable à sa bibliothèque et les travaux d’aménagement durent plus de deux ans. Les murs sont lambrissés de bois d’Irlande et de cyprès pour éloigner les insectes et réchauffer la pièce, des filets sont tendus sur les fenêtres pour empêcher l’intrusion d’oiseaux. Réparties sur trois niveaux, la bibliothèque compte plus de 900 volumes dont nous connaissons le détail grâce à plusieurs inventaires.

Ceci représente une bibliothèque considérable pour l’époque. Il n’existait en effet alors que des manuscrits (Gutenberg n’était pas encore né !) et ces derniers étaient extrêmement rares et précieux. Ils étaient pour l’essentiel conservés par des institutions ecclésiales (cathédrales, monastères ou couvent) et depuis le XIIIe siècle, au sein des bibliothèques des collèges universitaires. Or, la bibiothèque de Charles V est pratiquement équivalente en volumes à celle de la Sorbonne et est trois fois plus importante que celle de la cathédrale Notre-Dame de Paris !

Mais plus encore que sa taille, c’est la composition de cette bibliothèque qui est exceptionnelle. Alors que la plupart des bibliothèques de l’époque sont composées de textes classiques de l’Antiquité et de livres religieux et liturgiques, majoritairement en latin, la bibliothèque de Charles V regroupe un nombre important de textes en langue « vulgaire », c’est-à-dire en français, traite de tous les domaines du savoir (théologie, histoire, politique, astrologie…) et compte même des romans de chevalerie ! La collection royale n’est d’ailleurs pas désignée par le terme « bibliothèque » (étymologiquement dérivé du mot « Bible ») mais par celui de « librairie ».

Charles V a semble-t-il voulu, bien avant les princes humanistes de la Renaissance, s’identifier à un modèle de roi sage et érudit et s’écarter du modèle médiéval du roi chevalier, batailleur et courageux. Il est d’ailleurs resté dans l’histoire sous le nom de « Charles le Sage ».

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