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Gerome - Reception du Grand Conde a Versailles

L’homme qui, le dos courbé par déférence, gravit ce majestueux escalier est Louis II de Bourbon, dit le Grand Condé. La scène se passe au château de Versailles dans l’escalier des Ambassadeurs, aujourd’hui détruit. Louis XIV superbe et imposant, la main gauche sur la hanche et la main droite appuyée sur une canne, attend son hôte au milieu de l’escalier. Il est venu à la rencontre de Condé, fait surprenant et rare de la part Roi-Soleil, qui souligne l’importance à ses yeux de celui qu’il accueille. Le roi reçoit Condé en grande pompe, entouré de toute la Cour qui s’est amassée derrière lui pour assister à la scène.

Ce tableau, intitulé Réception du Grand Condé à Versailles (1878, musée d’Orsay) a été peint par Jean-Léon Gérôme. L’artiste a structuré son œuvre en un grand X, au centre duquel il a placé la figure du roi. Il dynamise sa composition par une vue en contre-plongée et un décentrement du grand X vers la gauche. La froideur monotone des marbres de l’escalier est égayée par les couleurs vives des costumes et des drapeaux. Cette toile appartient à un ensemble de tableaux peints tout au long du XIXe siècle par des artistes qui se passionnent pour les épisodes historiques du Moyen-Age, de la Renaissance ou du XVIIe siècle. Ces peintres ne choisissent pas de représenter les événements et batailles majeures de l’histoire de France mais favorisent au contraire, comme c’est le cas ici, des épisodes plus anecdotiques, plus intimes de la vie des grands personnages historiques. Les scènes sont généralement décrites avec moult détails témoignant parfois de longues recherches documentaires. Leur facture très léchée et lisse s’apparente à celle de la peinture de genre hollandaise du XVIIe siècle. Ces œuvres reçoivent un bon accueil de la part des amateurs mais les critiques d’art de l’époque les dédaignent. Aujourd’hui encore, très peu de ces tableaux figurent sur les cimaises des grands musées.

Mais revenons à notre tableau. Le Grand Condé, grand homme de guerre qui permit à la France de remporter plusieurs batailles de première importance, tomba un temps en disgrâce. Il participa en effet activement à la Fronde des Princes en 1649. Pour le punir, le roi Louis XIV lui confisqua alors tous ses biens et il fut condamné à mort en 1654. Cependant, l’eau a depuis coulé sous les ponts. Le prince gracié a su se faire pardonner et est de nouveau couvert d’honneurs par le roi. Il a repris du service à la tête des armées royales françaises et remporté en 1674, la bataille de Seneffe contre les Provinces-Unies. Cette victoire permet à Louis XIV d’imposer la paix de Nimègue et de rattacher la Franche-Comté et les places fortes de Valenciennes et Maubeuge à la France. Auréolé de cette victoire récente, Condé rend visite au roi. Perclus de rhumatismes, il peine à gravir l’escalier. Voyant qu’il fait attendre le roi, il lui dit « Sire, je demande pardon à Votre Majesté de La faire attendre si longtemps ». Magnanime, le roi lui répond : « Mon cousin, ne vous hâtez pas. Lorsqu’on est chargé comme vous de tant de lauriers, on ne peut marcher que difficilement. » !

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