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Van Eyck, retable de l'Agneau mystique, détail du panneau des Juges intègres

Van Eyck, retable de l’Agneau mystique, détail du panneau des Juges intègres

Voici la suite de l’incroyable épopée du retable de l’Agneau mystique de Van Eyck (1432, Gand, Saint-Bavon) que j’ai commencé à vous raconter hier. Nous sommes donc en 1816 et six panneaux latéraux (tous les panneaux latéraux sauf ceux d’Adam et Eve) ont été vendus par le sacristain à un marchand belge et se retrouvent quelques années plus tard dans les collections du roi de Prusse.

1861

L’Etat belge prend la décision d’acheter les deux panneaux latéraux représentant Adam et Eve qui étaient remisés depuis la fin du XVIIIe siècle dans les archives de la cathédrale car leur nudité est considérée comme trop choquante pour être exposée dans une église. Ils sont remplacés par des panneaux les représentant habillés ! La version originale entrera quant à elle dans les collections du musée des Beaux-arts de Bruxelles…

1914-1918

Les panneaux du retable encore présents à Gand échappent miraculeusement aux saisies de l’occupant allemand grâce à l’intervention d’un chanoine nommé Van den Gheyn. Ce dernier les cache au péril de sa vie, enveloppés dans des couvertures, à quelques centaines de mètres de la cathédrale, dans des maisons particulières. Quinze jours après l’armistice de 1918, les panneaux sont sortis de leur cachette et de nouveau exposés dans la cathédrale.

De plus, dans le cadre du Traité de Versailles, la Belgique exige la restitution des panneaux latéraux achetés en toute légalité par le roi de Prusse au XIXe siècle, au titre de réparations des dommages de guerre. Les Belges enthousiasmés par le retour des panneaux longtemps exilés en Allemagne et animés par un fort nationalisme, se déplacent en nombre pour venir admirer à Saint-Bavon leur trésor national. L’Etat décide alors de reconstituer complètement le chef-d’œuvre en organisant le retour des panneaux d’Adam et Eve exposés à Bruxelles. Le polyptyque est (enfin !) entier… pour quelques années.

1934

Dans la nuit du 10 avril, un voleur s’introduit dans la cathédrale et dérobe un panneau du retable représentant les Juges Intègres et sur son revers saint Jean-Baptiste. Quelques jours plus tard, l’évêque de Gand reçoit une demande de rançon d’un million de francs belges. Pour prouver qu’il est bien le voleur, l’auteur de la lettre anonyme joint à son courrier un ticket de consigne. Dans cette consigne, on retrouve le saint Jean-Baptiste ! Le voleur a scié le panneau en deux, séparant ainsi les deux faces du panneau. En novembre, un commerçant riche et fort respecté de la ville, Arsène Goedertier avoue à la stupéfaction générale sur son lit de mort être l’auteur du vol. Il précise qu’il est le seul à savoir où est caché le panneau mais meurt avant d’avoir révélé la cachette. On retrouve dans les papiers du défunt des documents confirmant son aveu. Il aurait volé le panneau parce qu’il connaissait d’importantes difficultés financières, victime de l’importante récession économique que connaît l’Europe dans les années 1930. On connaît désormais le motif du vol et son auteur mais les Juges intègres restent introuvables

Fin du deuxième épisode. Rendez-vous demain pour la suite…

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