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Van Eyck - Retable de l'agneau mystique

Le retable de l’Agneau Mystique peint par Van Eyck (1432, Gand, cathédrale de Saint-Bavon) n’est pas un tableau comme les autres. Ce merveilleux polyptyque est, bien sûr, un des sommets de la peinture du XVe siècle mais ce qui le rend réellement hors du commun, c’est son histoire particulièrement mouvementée…

1432

Le retable est achevé et placé dans une chapelle privée de l’église Saint-Jean de Gand (aujourd’hui cathédrale Saint-Bavon). Il a été commandé à Hubert Van Eyck par le riche sacristain de cette église pour orner la chapelle privée de son épouse. Hubert Van Eyck étant décédé entre-temps (en 1426), c’est son frère, le célèbre Jan Van Eyck qui a achevé la commande.

1566

Les Pays-Bas sont touchés de plein fouet par la crise iconoclaste. Le 21 mai, une foule en furie entre dans Saint-Bavon avec la ferme intention de s’emparer du retable qui y fait déjà l’admiration des fidèles. Heureusement, ils repartiront bredouilles. Quelques paroissiens avisés avaient pris soin de cacher le polyptyque dans la tour de l’église. Le voilà sauvé de justesse… une première fois. Il est alors transféré à l’Hôtel de ville où l’on estime qu’il sera plus en sécurité.

1578

Gand désormais protestante songe à offrir le polyptyque à la reine d’Angleterre afin de la remercier du soutien financier qu’elle a accordé aux protestants de la ville lors des guerres de religion qui les ont opposés aux catholiques. Le projet est écarté à la dernière minute. Le retable quitte l’hôtel de ville et retourne à Saint-Bavon. Il va alors connaître la plus longue période de calme de son existence… 200 ans sans une histoire !

1781

Le très catholique et très prude empereur d’Autriche Joseph II (le frère de Marie-Antoinette) visite la ville de Gand qui fait alors partie de son empire. Devant le retable, il s’indigne de la nudité d’Adam et Eve et exige que les panneaux sur lesquels ils figurent soient démontés. Les désirs de l’Empereur étant des ordres, les panneaux correspondants sont mis à l’abri des regards dans les archives de la cathédrale.

1794

Les armées napoléoniennes débarquent à Gand. Elles confisquent les quatre panneaux centraux du retable qu’elles emportent à Paris pour être exposés au Louvre. Pour une raison inconnue, les panneaux latéraux restent à Gand. Le directeur du musée du Louvre se désole de cette œuvre démantelée et envoie innocemment (qui tente rien, n’a rien…) une lettre aux Gantois pour tenter d’obtenir les panneaux manquants, en échange de quelques œuvres de Rubens. Les Gantois, bien entendu, refusent. Ils récupèreront les quatre panneaux emportés par les Français en 1815 après la chute de Napoléon à Waterloo !

1816

Les panneaux sont enfin tous réunis à Gand. Cependant, avant même que le chef-d’œuvre ne soit reconstitué, un vicaire indélicat profite de l’absence de l’évêque pour vendre les panneaux latéraux qui étaient restés à Gand (sauf Adam et Eve) à un marchand bruxellois. Celui-ci les revend ensuite au roi de Prusse. Ils seront exposés au Kaiser Friederich Museum de Berlin jusqu’en 1920.

Et ce n’est pas fini ! Rendez-vous demain pour la suite…

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