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La cour de Khorasabad est un de ces endroits magiques du musée du Louvre dont on ne se lasse pas. Dans une ancienne cour de l’aile Richelieu aujourd’hui recouverte d’une verrière qui l’illumine d’une magnifique lumière zénithale, sont présentés les vestiges provenant du palais que le roi Sargon II a fait édifier à Khorsabad.

Sargon II fut roi d’Assyrie de 722 à 705 avant J.-C. L’Assyrie est l’un des premiers empires de l’histoire, situé au nord de la Mésopotamie, sur le territoire de l’actuel Irak. Longtemps après la disparition de leur empire, les Assyriens restèrent dans la mémoire collective comme une puissance guerrière brutale et oppressive. Il faut dire que la Bible et les textes antiques entretiennent cette sinistre réputation. Voici par exemple en quels termes un roi assyrien, Assournasirpal II, se vante des traitements qu’il a infligés à des opposants : “ Je bâtis un pilier devant la porte de la ville et j’écorchai tous les chefs qui s’étaient révoltés contre moi et j’étalai leur peau sur le pilier. Certains d’entre eux, je les emmurai dans le pilier, d’autres, je les empalai sur des pieux sur le pilier. ”

Cependant, cette dynastie assyrienne restée tristement célèbre pour ses élans sanguinaires fut également remarquable pour ses qualités d’esthètes comme en témoignent ces magnifiques taureaux androcéphales qui se dressent au milieu de la cour de Khorsabad au Louvre. Il s’agit d’immenses « Lammasu », des créatures légendaires de la mythologie mésopotamienne possédant une tête d’homme, un corps de lion et des ailes d’aigles. Disposés de part et d’autre des portes de la ville ou de la salle du trône, ils étaient des gardiens de porte, des génies protecteurs. Ce ne sont pas des créatures effrayantes mais plutôt des génies bienveillants qui semblent même esquisser un sourire. Cependant, leur taille imposante (ils mesurent plus de 4 mètres de haut) et leurs multiples qualités (leur corps de taureau souligne leur force physique, leur tête d’homme leur intelligence et leur tiare à cornes leur caractère divin) impressionnent le visiteur qui franchit la porte et éloignent les esprits maléfiques.

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Leurs barbes bouclées et tressées, leurs pattes où l’on devine le dessin des muscles et des veines et les plumes de leurs ailes sont rendus avec une finesse extraordinaire.

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Mais… regardez-les bien. Combien de pattes possèdent ces lamassu? Cinq ? Un taureau à cinq pattes, c’est étrange non? En fait, cette petite « tricherie » permettait que le visiteur qui les voyait de face en arrivant les croit immobiles puis que, dès qu’il passait entre les taureaux, ces derniers semblent se mettre à marcher. Magique n’est-ce pas?

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Sargon II ne profita pas beaucoup de son nouveau palais de Khorsabad puisqu’il mourut deux ans après son inauguration. Son fils, voyant là un mauvais présage, s’installa à Ninive et Khorsabad abandonnée fut recouverte par les sables. En 1843, le consul de France Paul-Émile Botta, cherchant à retrouver l’antique ville de Ninive entrepris des fouilles sur le site de Khorsabad et mit à jour ces statues monumentales qui furent envoyées au Louvre. Cependant, regardez bien les cartels quand vous visitez les musées, l’un des deux taureaux est en fait une copie datant de 1993 ! L’original fut en effet perdu dans le naufrage du bateau qui le transportait de l’Irak vers la France en 1855…

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