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Mantegna - Saint Sebastien

Le Saint Sébastien d’Andrea Mantegna (musée du Louvre, 1480) est à lui seul un condensé de l’art de la Renaissance, une sorte d’archétype idéal pour illustrer un propos sur l’art de cette période.

La fin du Moyen-âge est marquée par une très forte dévotion à saint Sébastien car une légende lui attribue un rôle de protecteur contre la peste qui décime régulièrement la population à partir du XIVe siècle. Il existe de nombreuses représentations de saint Sébastien placées dans les églises pour invoquer sa protection. Cependant, Mantegna renouvelle ici complétement l’iconographie traditionnelle de ce saint. Pour s’en persuader, on peut par exemple, comparer ce saint Sébastien avec celui du retable de Thouzon, peint par un peintre provençal  en 1410 et également conservé au Louvre.

Provence, retable de Thouzon, 1410, musée du Louvre

Provence, retable de Thouzon, 1410, musée du Louvre

Le saint Sébastien du retable de Thouzon, simple figure allongée et gracieuse, vêtue comme un gentilhomme du XVe siècle qui se détache sur un fond doré appartient encore à ce style de la fin du Moyen-âge que l’on nomme « gothique international ». Le peintre provençal qui l’a représenté, comme tous les artistes médiévaux, n’a pas cherché à imiter la réalité de façon illusionniste mais à délivrer un message clair et synthétique, facilement lisible par tous. Le saint est aisément identifiable grâce à son corps criblé de flèches en référence à son martyre.

Grand maitre de la Renaissance, Mantegna s’illustre au contraire par sa recherche de réalisme et son art du trompe-l’œil. Fidèle à la théorie développée par Alberti dans son De Pictura (1435), il conçoit son tableau comme une fenêtre ouverte sur la réalité. Il dessine d’ailleurs de façon peu visible aujourd’hui un faux encadrement de porphyre le long du cadre du tableau afin de souligner cette ouverture fictive sur le monde. Les deux bourreaux au premier plan, audacieusement coupés à hauteur d’épaule, contribuent également à cet effet illusionniste.

Son saint Sébastien est un « vrai » homme en chair et en os dont le corps en grande partie dénudé révèle les connaissances anatomiques du peintre. Les muscles du torse et des membres sont traduits avec précision et exactitude, les flèches affleurent sous la peau, les gouttes de sang ruissèlent. Le visage tourné vers le ciel traduit des sentiments mêlés de douleur et d’espérance. On mesure le chemin parcouru en 70 ans depuis le saint Sébastien du retable de Thouzon.

Mantegna décrit d’autre part un espace cohérent et réaliste unifié par une perspective mathématique. Finis les fonds dorés ! Saint Sébastien est représenté attaché à une colonne, au milieu de vestiges architecturaux de cette civilisation antique que Mantegna a étudié avec tant de passion. Cependant, il faut souligner que si les artistes de la Renaissance étudiaient l’Antiquité avec admiration, ils cherchaient non pas à la reproduire servilement mais à la dépasser. Ainsi ce tableau de Mantegna traduit à la fois son admiration pour la civilisation antique mais aussi une affirmation du dépassement de cette civilisation par l’esprit chrétien. L’idée est de faire de son saint Sébastien aux chair couleur de marbre, une statue vivante qui remplace la statue antique détruite dont les restes gisent au pied de la colonne.  Un figuier, qui symbolise l’Eglise, pousse au milieu des ruines antiques illustrant ainsi la continuité entre le monde antique et le monde chrétien, selon un thème cher aux humanistes.

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