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Jan Brueghel l Ancien - Gros bouquet de fleurs dans un baquet de bois

Les spectateurs du XXIe siècle que nous sommes n’apprécient plus guère les natures mortes florales. Nous n’y voyons souvent qu’un banal bouquet de fleurs, somme toute sans grand intérêt. Mon défi du jour sera donc de tenter de changer votre regard sur ce type de tableau très en vogue en Flandres au XVIIe siècle en vous expliquant le contexte dans lequel ils ont été créés. Notre désaffection s’explique en effet souvent par le fait que nous avons perdu les clés de lecture pour regarder ces tableaux.

Cette monumentale nature morte de fleurs peinte par Jan Brueghel l’Ancien et intitulée Grand bouquet de fleurs dans un baquet de bois (1606-1607, Vienne, Kunsthistorisches Museum) illustre à la perfection le genre de la nature morte de fleurs flamande du XVIIe siècle. Il représente un bouquet de fleurs coupées se détachant sur un fond sombre. Sa composition est marquée par une certaine austérité et une grande économie de moyens. La lumière, le cadrage très serré, le point de vue en plongée… tout est mis en œuvre pour magnifier les fleurs et attirer l’attention du spectateur sur l’extraordinaire réalisme avec laquelle elles sont rendues. Chaque type de fleurs, peint avec précision, est parfaitement identifiable.

Attention cependant, ce bouquet n’est pas une reproduction quasi-photographique d’un bouquet que l’artiste aurait composé dans son atelier afin de le peindre mais une pure reconstitution sortie tout droit de son imagination ! Cet étourdissant bouquet n’a jamais existé. De tels bouquets étaient en effet inconcevables dans ces pays nordiques où les jardins d’agrément étaient rares et les fleurs chères et inaccessibles. De plus, en le regardant avec attention, on s’aperçoit aisément que ce bouquet est marqué de deux incohérences majeures. D’une part, il défie les lois de la pesanteur car, comme dans tous les bouquets de Jan Brueghel l’Ancien, les fleurs les plus grosses se dressent fièrement au sommet du bouquet au-dessus des plus petites. D’autre part, le peintre ignore avec audace la succession des saisons en représentant côte à côte des fleurs qui ne sont jamais fleuries simultanément dans la nature. Pour peindre ces bouquets, Brueghel copiait sans doute chaque fleur dans les planches d’illustrations de livres botaniques puis les assemblait dans d’harmonieuses compositions.

Mais quel est donc le sens de ce bouquet irréel ? Il est à la fois une sorte de louange à la variété et à la beauté de la nature et une « vanité ». Il délivre en effet un important message moralisateur et religieux en soulignant à l’aide de symboles (dont certains nous échappent aujourd’hui), le caractère éphémère de la vie et la survenance inexorable de la mort. Regardez-bien ces quelques fleurs tombées hors du vase qui se fanent déjà… Sur certaines d’entre elles, se sont posés des papillons dont le nom grec, « psyché » signifie à la fois « âme » et « papillon ». Pour le chrétien, le papillon est symbole de résurrection et de salut. L’image du papillon s’échappant de sa chrysalide symbolise l’âme quittant le corps après la mort…

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