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« Le baptême du Christ » d’Andrea del Verrocchio (musée des Offices, vers 1475) – détail

Le nimbe désigne le cercle lumineux que les artistes placent depuis l’Antiquité autour de la tête des personnages divins, des héros divinisés ou des saints. Le mot « nimbe » vient du latin « nimbus » qui désigne un nuage puis par extension, par exemple chez Virgile, le char aérien, la nuée sur lequel se déplacent les dieux. Les artistes ont peu respecté cette étymologie car, au lieu de représenter une auréole ou une nuée autour des personnages dont ils souhaitent souligner le caractère sacré ou divin, ils figurent le plus souvent un disque tantôt opaque, tantôt lumineux autour de leur tête. Cette auréole souligne l’aura, le charisme qui émane du personnage et est dessinée autour de la tête considérée depuis l’origine de l’humanité comme la partie la plus noble du corps humain.

Bodhisattva

Bodhisattva « Foucher » (Musée Guimet, Ier-III siècle après JC)

Le nimbe n’est pas un attribut exclusivement chrétien. On le rencontre déjà durant l’Antiquité chez les Egyptiens, les Orientaux, les Grecs et les Romains qui en font l’attribut des divinités.  Rê, Bouddha, Apollon ou Diane portent souvent un nimbe. Il n’est par ailleurs pas toujours réservé aux personnages divins et représente la force morale autant que l’autorité religieuse. Il existe ainsi de nombreuses représentations d’empereurs romains nimbés, notamment sur les pièces de monnaie du Bas-Empire.

« La Cène » de Giotto (Padoue, chapelle Scrovegni, 1303-1306)

Les premiers chrétiens l’associent tellement au paganisme que le nimbe est totalement absent de l’art chrétien jusqu’au IVe siècle. Dans les catacombes et premiers sarcophages chrétiens, le Christ ou les saints ne sont jamais nimbés. Il ne s’impose que progressivement à partir du Ve siècle et connaît son âge d’or tout au long du Moyen-âge.  Le Christ, la Vierge et les saints portent alors systématiquement un nimbe. Les artistes accordent une place prépondérante à cet attribut qui est poinçonné, festonné, orné de pierreries… Cependant, à la Renaissance, lorsque les peintres souhaitent devenir plus réalistes et que les saints ne sont plus systématiquement représentés de face et de manière hiératique, le nimbe devient embarrassant. Comment représenter un homme de dos ou de profil avec un tel attribut ? Dans sa Cène (Padoue, Chapelle Scrovegni, 1303-1306), Giotto ne pouvant pas placer ce disque d’or derrière la tête de ses personnages vus de dos, le peint devant eux. Le résultat est assez surprenant…les apôtres semblent plonger leur tête dans une assiette en or ! Les grands maitres de la perspective, comme Piero della Francesca trouve finalement une solution en représentant le nimbe sous la forme d’une ellipse en perspective. C’est le cas de l’ange ci-dessus, détail du Baptême du Christ d’Andrea del Verrocchio (musée des Offices, vers 1475). Cet ange aurait été peint par Léonard de Vinci, alors apprenti dans l’atelier de Verrocchio. Quelques années plus tard, lorsqu’il peint « La Cène » (Milan, Santa Maria delle Grazie, vers 1495), le même Léonard abandonne purement et simplement les nimbes. Les apôtres et le Christ sont désormais représentés de façon si réaliste qu’ils n’ont plus guère besoin de nimbe pour être identifiés. A l’aube du XVIe siècle, le nimbe disparaît ainsi chez la majorité des artistes…

Dernière petite précision : contrairement à une idée reçue, le nimbe n’est pas réservé aux saints. Il est souvent attribué aux anges, aux prophètes et à certains personnages de l’Ancien Testament. Ainsi la grande statue représentant Melchisédech sur le portail latéral nord de la cathédrale de Chartres est nimbée. C’est également le cas de Jacob et Elie sur les vitraux de la cathédrale de Bourges. A Chartres, même les Vertus personnifiées (Liberté, Concorde, Sécurité…) représentées sur une des voussures du porche nord sont nimbées !

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