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Housez-Assassinat d'Henri IV et arrestation de Ravaillac

Le vendredi 14 mai 1610, Henri IV quitte le Louvre pour rejoindre Sully à l’Arsenal. Le domicile de son ministre étant proche, le roi n’a pas jugé utile de se faire escorter par la Garde à cheval. Son carrosse n’est protégé que par une faible escorte de fantassins. De plus, voulant voir les préparatifs prévus pour l’entrée solennelle à Paris de Marie de Médicis, sacrée reine la veille, il a fait lever les rideaux de sa voiture. Arrivé rue de la Ferronnerie, son carrosse est immobilisé par un encombrement entre une charrette de paille et une autre chargée de tonneaux de vin (ah les embouteillages parisiens !). Ravaillac profite de l’aubaine, monte sur la roue du carrosse et se jette sur le roi. Il le frappe de trois coups de couteaux dont l’un sectionne l’aorte. De retour au Louvre, le roi mourra quelques heures plus tard. Ravaillac lui sera arrêté et conduit à l’hôtel de Retz tout proche pour éviter qu’il ne soit lynché par la foule. Si la mort tragique du « bon roi Henri IV » demeure une énigme, on peut raisonnablement considérer que Ravaillac est l’un de ces « fous de Dieu » qui souhaite se débarrasser d’Henri IV car il doute de la sincérité de sa conversion à la religion catholique et  de lui reproche la signature de l’édit de Nantes.

Ce tableau peint par Charles-Gustave Housez et intitulé « Assassinat d’Henri IV et arrestation de Ravaillac le 14 mai 1610 » (1858, Château de Pau) représente le moment qui suit immédiatement le coup de poignard. Le roi est mourant, soutenu par le duc d’Epernon. Le meurtrier, immobilisé par un garde et un passant, tient encore dans la main le couteau ensanglanté. On reconnaît très nettement les traits du premier Bourbon mais la figure de l’assassin est beaucoup plus floue. On notera cependant que ses cheveux sont roux, couleur traditionnellement attribué au traitre, notamment à Judas dans de nombreux tableaux. Housez souligne la folie de Ravaillac qu’il représente avec un corps arqué, la tête renversée en arrière dans une sorte de spasme. L’extrême tension de son corps s’oppose à l’affaissement du roi mourant.

Le peintre a opté pour un cadrage très serré qui traduit parfaitement l’environnement urbain oppressant d’un Paris à l’urbanisme encore médiéval. Housez peint une rue de la Ferronnerie très étroite dont le carrosse obstrue toute la largeur et choisit une vue en contre-plongée laissant à peine entrevoir le ciel. Le tableau présente la même forme rectangulaire que l’arrière de la voiture qui paraît comme enchâssée. La panique qui s’empare des Parisiens et de l’entourage du roi est traduite par une succession de diagonales : à gauche, une diagonale nait de l’antérieur gauche du cheval et court jusqu’au chapeau à plume du cavalier ; à droite, une autre diagonale va du bras de l’homme tombé au sol à celui du roi…

Ce tableau a été commandé par Napoléon III pour ses appartements du château de Pau. Son iconographie n’est pas innocente. Le tableau souligne l’horreur de la violence « terroriste » et démontre la nécessité du maintien de l’ordre public. Or en 1858, date du tableau de Housez, une loi de sureté générale vient d’être adoptée suite à l’attentat d’Orsini…

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