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kandinsky- Impression V (parc)

Vassili Kandinsky est né à Moscou le 16 décembre 1866, il y a 147 ans aujourd’hui. Sa vocation est tardive, puisque ce n’est qu’en 1896, à l’âge de trente ans, qu’il ne renonce à sa carrière universitaire pour se consacrer entièrement à la peinture. Il racontera plus tard que cette vocation est née après sa découverte du tableau de Monet, Les Meules, exposé à Moscou en 1895. Ce tableau le bouleverse car il sent bien que Monet a ouvert, avec cette série consacrée aux meules de foin, le chemin de l’abstraction. Les objets ne sont plus les éléments essentiels de la peinture. Le sujet de ces tableaux n’est pas les meules elles-mêmes mais plutôt l’effet de la lumière qui dissout les formes de ces meules. Kandinsky qui sera considéré quelques années plus tard comme le fondateur de l’art abstrait a trouvé sa voie…

Monet continuera après Les Meules sur la voie de l’abstraction jusqu’à une presque dissolution des formes notamment avec sa série Les Nymphéas aujourd’hui exposée au musée de l’Orangerie. A la même date, les Fauves et les cubistes désintègrent également les formes par la couleur ou la géométrisation mais tous s’arrêtent au seuil de l’abstraction. L’intérêt de la peinture comme représentation illusionniste de la réalité est battu en brèche depuis le milieu du XIXe siècle notamment en raison du développement de la photographie. Il faut lui trouver un second souffle. Si l’idée que la peinture ne peut plus être une simple imitation de la nature s’impose à lui, Kandinsky refuse pour autant de succomber à la décadence de l’art pour l’art. La peinture doit continuer à transmettre un message, à traduire une réalité. Kandinsky va trouver petit à petit la voie qui lui permet de franchir le seuil de l’abstraction en associant peinture et musique. La musique qui est un art abstrait puisqu’elle consiste non pas à imiter la réalité mais à assembler harmonieusement les signes abstraits que sont les notes. A l’image de la musique, il assemble formes et couleurs pour créer une partition sur la toile et exprimer une « nécessité intérieure ». Kandinsky a trouvé ce second souffle qu’il cherchait pour la peinture, la peinture comme expression d’une « nécessité intérieure » ou d’une quête de spiritualité.

Il formalise sa théorie dans son célèbre essai Du Spirituel dans l’art en 1910 et peint à la même période ce tableau intitulé Impression V (Parc) (1911, Centre Pompidou).

Celui-ci semble encore figuratif. On reconnaît deux cavaliers – l’un, au centre portant une cape bleue et l’autre, en beige, à gauche -, ainsi que deux personnages assis sur un banc à droite. Mais, cette réalité extérieure n’est qu’un point de départ pour suggérer une émotion, un mouvement intérieur. Les figures sont très synthétiques et se dissolvent dans un ensemble de taches colorées et de lignes noires. Les tâches de couleurs, posées en aplat, rythment l’image plutôt qu’elles ne décrivent une réalité. Deux masses de couleurs froides bleues et vertes de chaque côté du tableau conduisent le regard vers un grand triangle rouge au centre qui domine l’ensemble, symbole d’élévation de l’âme cher à Kandinsky. Comme dans une partition de musique où les tâches de couleur seraient les notes et les lignes noires indiqueraient le rythme, l’ensemble forme une composition harmonieuse où la « nécessité intérieure » du peintre s’adresse directement à celle du spectateur. Comme disait Hopper « Si vous pouviez le dire avec des mots, il n’y aurait aucune raison de le peindre. »

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