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Dais de Charles VII

Voici une magnifique interprétation littérale de l’expression « monarchie de droit divin ». Deux anges vêtus de tuniques fleurdelisées descendent du ciel pour couronner le roi assis sur son trône.

Cette superbe tapisserie datant des années 1440 est un élément du dais de Charles VII. Il s’agit très exactement d’un dosseret, c’est-à-dire de la partie verticale du dais qui surmontait le trône du roi. Retrouvée miraculeusement dans une demeure privée en 2008 et acquise par le Louvre, elle est le seul vestige des dais royaux médiévaux dont on ne connaissait jusqu’alors l’existence que par des sources écrites ou des représentations enluminées. Lorsque ce dais était en place, la tête du roi assis sur son trône devant cette tapisserie se trouvait juste au-dessous de la couronne.

La tunique bleue brodée de fleurs de lys dorées et le soleil d’or sur fond rouge (emblème utilisé par les rois de France au XVe siècle) ne laissent aucun doute sur l’origine royale de l’œuvre. Les historiens de l’art l’ont daté du règne de Charles VII en raison de son style et notamment de celui des deux anges. Les plis cassés de leurs tuniques, le traitement des visages et des chevelures bouclées, le rendu de l’éclat des perles et des pierres précieuses de la couronne rappellent en effet la peinture flamande contemporaine, notamment celle de Van Eyck. Or, le règne de Charles VII correspond à l’époque où se développe en France un style nouveau, fortement influencé par l’art flamand comme en témoigne, par exemple, le très célèbre portrait de Charles VII peint par Fouquet (Louvre).

Après avoir reconquis le trône de France avec l’aide de Jeanne d’Arc en 1429, Charles VII a du reconquérir par les armes l’ensemble du territoire français au nord de la Loire occupé par les Anglais. Au moment où est tissé ce dais, les années de la régence du duc de Bedford sont encore proches et la guerre de Cent Ans fait rage. Charles VII a besoin d’affirmer haut et fort sa légitimité sur le trône de France. Ce dais est donc un manifeste politique qui affirme l’origine divine de son pouvoir. Il ne tient pas son pouvoir des hommes mais de Dieu lui-même qui lui envoie, deux messagers, peut-être les anges Gabriel et Raphaël devenus les saints protecteurs du royaume de France à cette période, pour le couronner.

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