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Chardin - Autoportrait aux besicles

A partir de 1770, la santé de Jean Siméon Chardin qui, a plus de 70 ans, commence à se dégrader. Sa vue, notamment, a beaucoup décliné car les pigments à base de plomb qu’il utilisait pour sa peinture lui ont brûlé les yeux. Ce début de cécité ne lui permet plus de peindre à l’huile. De plus, son art est moins apprécié du public et des amateurs, qui lui préfèrent désormais la peinture de Greuze.

Cependant, aux salons de 1771, 1773 et 1775, il crée la surprise en présentant de superbes portraits et autoportraits, réalisés au pastel, qui remportent un franc succès. « C’est un genre auquel on ne l’avait point vu encore s’exercer, et que, dans ses coups d’essais, il porte au plus haut degré », écrit un critique dans l’Année littéraire, en 1771.

A plus de 70 ans, ce très grand artiste trouve la force de se renouveler et d’innover ! En effet, s’il adopte le medium cher à Maurice Quentin de La Tour, Chardin produit des pastels résolument différents de ceux de son aîné et ami. Sa main est plus rapide, il rejette le velouté et les contours estompés de Carrera, Liotard ou La Tour pour une technique audacieuse qui privilégie la touche fragmentée et la juxtaposition des couleurs pour créer les ombres et volumes. Dans cet Autoportrait aux bésicles (1775, Louvre), il met en œuvre, près d’un siècle avant les impressionnistes, l’art du mélange optique des couleurs et la touche hachurée qui accroche la lumière. Le visage est modelé par des ombres définies à l’aide de hachures bleues, roses et blanches. Le bleu du mur devant lequel est représenté l’artiste et du ruban, ainsi que le rose de son foulard, se réfléchissent sur son visage et le tissu de sa veste.

Par dessus ses bésicles, l’artiste nous regarde avec son regard malicieux et esquisse un léger sourire. A tous ceux qui l’avaient enterré trop vite, il adresse un message. L’artiste n’est pas mort. Avec ses pastels, il nous offre les ultimes joyaux de son art…

Proust (Chardin et Rembrandt, 1895), décrivait ainsi ce portrait : « Au-dessus de l’énorme lorgnon, descendu jusqu’au bout du nez qu’il pince de ses deux disques de verre tout neufs, tout en haut des yeux éteints, les prunelles usées sont remontées, avec l’air d’avoir beaucoup vu, beaucoup raillé, beaucoup aimé, et de dire avec un ton fanfaron et attendri : » Hé bien, oui, je suis vieux ! Sous la douceur éteinte dont l’âge les a saupoudré, elles ont de la flamme encore. »

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