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Bogoliubov - Veules

A partir du milieu du XIXe siècle, la France est un point d’attraction pour de nombreux artistes européens. Ainsi, certains artistes de l’Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg obtiennent du tsar une bourse afin de se rendre dans notre pays. C’est dans ce contexte qu’Alexeï Bogoliubov passe quatre années en France de 1856 à 1860.

Il séjourne à Paris où il fréquente l’atelier de Thomas Couture puis d’Eugène Isabey qui devient son professeur. C’est d’ailleurs Isabey qui lui fait découvrir la Normandie, Dieppe et Veules-les-Roses et une nouvelle façon de peintre les paysages. “Ce fut une véritable révolution pour moi ! se rappellera-t-il, j’étudiais comment ce peuple élevé dans les traditions de l’école d’Ingres, Rousseau, Corot et autres célébrités qui venaient d’inaugurer une ère nouvelle du paysage, regardait la nature.”

La mer, le ciel souvent bas et immense, la lumière si particulière des côtes normandes et ses variations au gré des marées vont sans doute laisser un souvenir impérissable à Bogoliubov. En effet douze ans plus tard, lorsqu’il revient en France où il est désormais inspecteur des pensionnaires russes à Paris, c’est à Veules-les-Roses (Seine-Maritime) qu’il entraîne ses protégés, Ilia Répine et Vassili Polenov. Il peint alors inlassablement les côtes normandes avec un ciel sans fin, deux fines bandes de plage et de mer, des falaises, des vacanciers, des cabines de plage…

Bogoliubov est proche des impressionnistes par son goût de spontanéité et de la peinture en plein air, le choix du paysage et des sujets contemporains, mais reste plus classique dans les moyens d’exécution. D’ailleurs, la technique elle-même choisie par l’artiste, l’huile sur bois, ne lui permettait pas d’atteindre la transparence et la fluidité des impressionnistes. Ses paysages normands sont en revanche très proches de ceux d’ Eugène Boudin, peints d’ailleurs aussi sur bois. Dans ce tableau intitulé Veules (1887, Saratov, musée Radischev), il représente une dame en chapeau somptueusement habillée, assise sur une chaise de façon nonchalante et deux autres femmes qui peignent vues de dos. Il s’inscrit, me semble-t-il, parfaitement dans l’esprit de Boudin!

En 1885, Bogoliubov ouvre un musée à Saratov (Russie), le musée Radischev auquel il légua sa fortune et ses œuvres à son décès en 1896. La majorité de ses tableaux y sont conservés. Il faut donc aller jusqu’en Russie pour voir ses tableaux normands…

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