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Poussin - Le jugement de Salomon

Nicolas Poussin est mort le 19 novembre 1665, il y a exactement 348 ans aujourd’hui. D’après Bellori, il considérait Le jugement de Salomon (1649, Louvre) comme la meilleure de ses œuvres.

Le sujet de ce tableau est tiré du Livre des Rois. Deux femmes ont eu chacun un fils. Un des enfants est mort dans la nuit. Les deux femmes se disputent, chacune déclarant être la mère de l’enfant survivant. Elles sont conduites devant le roi Salomon. Ce dernier, assis sur son trône, ordonne que l’enfant soit coupé en deux pour être partagé entre les deux plaignantes. Le soldat à gauche dégaine alors son épée pour trancher l’enfant qu’il tient suspendu par les pieds. La vraie mère, les bras ouverts, supplie que l’enfant soit épargné et donné à l’autre femme. A l’inverse la mauvaise femme, portant l’enfant mort dans ses bras, le visage déformé par la haine et vert de rage (au sens littéral !) hurle et pointe d’un doigt accusateur sa rivale qu’elle continue d’accuser. La réaction des deux femmes éclaire le roi Salomon qui ordonne que l’enfant soit rendu à la première femme en qui il a reconnu la véritable mère.

La mise en scène très théâtrale de Poussin accentue le caractère dramatique de la scène. Chacun des personnages présents exprime de manière volontairement exagérée un sentiment différent (haine, supplication, dégoût, surprise, prière…). Les gestes sont outrés et les visages extrêmement expressifs afin que la scène soit le plus lisible possible. L’ensemble de la composition est organisée selon une disposition claire et géométrique. Au centre du tableau, les trois personnages principaux sont disposés dans un triangle dont la tête du roi Salomon est le sommet. Le roi est la clef de voûte de toute la composition. Toutes les lignes de fuite du tableau convergent vers lui. Son trône est surélevé car il incarne la sagesse inspirée par Dieu qui domine toutes les passions humaines personnifiées par les différents acteurs de la scène à ses pieds. Son regard est sévère et ses mains disposées symétriquement rappellent les plateaux de la balance de la justice.

Le cadre architectural et la disposition des personnages mettent en valeur la scène centrale grâce à une parfaite symétrie : le trône royal est encadré par de chaque côté par une colonne massive en marbre noir et une niche rectangulaire, les personnages sont disposés en frise de part et d’autre et à chaque extrémité un personnage se détourne avec effroi de la scène.

Ordre, équilibre et clarté… trois qualités du classicisme dont Poussin est une des figures emblématiques. Il inspirera 150 ans plus tard, Jacques-Louis David qui ira au sujet de son « Serment des Horaces » (1783, Louvre ) : «C’est à Corneille que je dois mon sujet, mais c’est à Poussin que je dois mon tableau.»

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