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Ledoux - Saline royale d Arc et Senans

Claude-Nicolas Ledoux est un architecte de la fin du XVIIIe siècle, mort le 18 novembre 1806, il y a exactement 207 ans aujourd’hui. Comme Etienne Boulée, son contemporain, il est à l’origine de quelques projets d’architecture utopique et futuriste, fortement imprégnés de la philosophie des Lumières.

La saline royale d’Arc-en-Senans dans le Doubs est un des rares exemples de ce type d’architecture qui ait dépassé le stade du projet. Elle fut construite par Ledoux entre 1774 et 1779. Difficile de croire quand on y pénètre pour la première fois, qu’il s’agit d’une usine destinée à extraire le sel, tant l’ensemble est majestueux et élégant… A mille lieues de la mine de sel du XIXe siècle telle qu’on l’imagine. Cette usine a été construite avec le même soin et souci de qualité architecturale qu’un palais ou un édifice religieux.

Mais le plus étonnant n’est pas là. Après être passé sous un péristyle d’ordre dorique aux proportions massives, on entre dans une grotte qui semble évoquer une mine de sel. L’alliance du portail néoclassique et de la grotte ornée de concrétions et de stalactites voulue par Ledoux marque l’opposition entre les forces tourmentées et chaotiques de la nature et le génie organisateur de l’homme… comme une mise en forme dans la pierre des réflexions philosophique des Lumières sur le rapport entre la technique et la nature.

On traverse ensuite une vaste esplanade semi-circulaire entourée de bâtiments : les ateliers d’extraction de sel, les logements des ouvriers et au centre de la partie rectiligne, le pavillon du directeur, qui contenait à l’origine la direction et la chapelle. L’esplanade a été dessinée en demi-cercle parfait car Ledoux, voulait que sa forme soit «pure comme celle que décrit le soleil dans sa course». Et effectivement, le soleil illumine tour à tour chacun des bâtiments au fur et à mesure de la journée, s’attardant sur la maison du directeur, baignée par ses rayons de lumière de l’aube au crépuscule. Les ouvriers et leurs familles disposent tous d’un logement propre et décent et même de jardins potagers. Ce décor idyllique est supposé apporter la sérénité aux travailleurs, éliminer les conflits sociaux, augmenter la productivité des ouvriers et même les « rendre bons » ! Ledoux avait-il lu Le Contrat Social de Jean-Jacques Rousseau ?

Cette utopie constructive reste cependant inachevée. Ledoux avait en effet également prévu de bâtir une Cité idéale en cercle tout autour de l’usine. Le nom des bâtiments de cette cité utopiste laissent rêveur : la Maison d’union, la Maison d’éducation, le Temple des vertus ou encore la Maison de plaisir ! Ce projet restera cependant dans les cartons de l’architecte tombé en disgrâce à la Révolution…

 

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