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Pissarro-Gelee blanche

On connaît l’intérêt porté par les impressionnistes aux représentations des conditions météorologiques. Claude Monet a peint un des plus beaux paysages enneigés de l’histoire de l’art avec La Pie (1868-1869, musée d’Orsay).

Mais le maitre incontesté de la gelée matinale est sans doute, Camille Pissarro, mort le 13 novembre 1903, il y a 110 ans aujourd’hui. Dans son tableau Gelée blanche (1873, musée d’Orsay), il décrit avec justesse toute la beauté un peu rude d’un petit matin hivernal à la campagne. Le soleil brille mais la nuit a été froide comme en témoigne une épaisse couche de gelée blanche qui recouvre le chemin et les champs labourés. Un paysan, le dos courbé sous le poids du fagot de bois qu’il transporte, s’avance prudemment en s’appuyant sur sa canne, car la gelée a rendu le chemin glissant. Il est tôt et le soleil encore bas projette sur le sol, l’ombre d’une rangée de peuplier située en dehors du tableau et de notre champ de vison. Ces ombres dessinent de gigantesques lignes obliques qui zèbrent le paysage et croisent les sillons tracés dans la terre. Une lumière dorée inonde le paysage, faisant briller la couche de gelée et réchauffant l’atmosphère si bien qu’il émane de ce tableau une gaité, un optimisme assez rare dans les paysages hivernaux. Pissarro est un amoureux de la campagne et cela se voit !

On perçoit également dans ce tableau l’influence de Cézanne qui est venu rejoindre Pissarro à Pontoise en 1873 et avec lequel il peint quelques temps. Cette influence se manifeste par une composition rigoureuse, une certaine géométrisation des champs et le recours aux ocres, bruns et verts, couleurs chères à Cézanne.

Ce tableau, présenté à la première exposition impressionniste en 1874, déroute le public par la pauvreté de son sujet. Le critique Louis Leroy écrit ainsi : « Qu’est-ce que c’est que ça ? – Vous voyez, une gelée blanche sur des sillons profondément creusés. – Ça des sillons, ça de la gelée ?… Mais ce sont des grattures de palette posées uniformément sur une toile sale. Ça n’a ni queue ni tête, ni haut ni bas, ni devant ni derrière. » Pissarro ne s’attache en effet pas à une description fine et pittoresque du paysage qu’il peint avec une touche rapide. Ce qui l’intéresse, c’est de rendre l’effet poétique de la lumière du matin sur le sol et dans le ciel, notamment au travers des ombres rosés et bleutées. Telle est en effet une des plus belles leçons de l’impressionnisme : le noir n’existe pas, tout est coloré… même les ombres.

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