Mots-clés

, ,

Honthorst-Christ devant le Grand Pretre

Gerrit van Honthorst est né le 4 novembre 1590, il y a exactement 423 ans aujourd’hui. Originaire d’Utrecht où il effectue son apprentissage, il se rend à Rome vers 1610 pour y parfaire sa formation. En ce début du XVIIe siècle, Rome attire les artistes venus de toute l’Europe car la Contre-Réforme a entrainé un certain renouveau de la papauté et le mécénat pontifical est de nouveau très conséquent. Quand Honthorst arrive à Rome, Caravage vient de mourir mais son influence y est encore très présente. On peut admirer ses œuvres dans de nombreuses églises romaines, notamment ses trois immenses toiles consacrées à la vie de Saint Matthieu sur les murs de la chapelle Contarelli de l’église Saint-Louis des Français. Les prestigieuses collections du cardinal de Monte ou de Vincenzo Giustiniani comptent également plusieurs de ses plus beaux tableaux. Or, c’est justement dans le palais de Vincenzo Giustiniani qu’est hébergé Honthorst pendant son séjour romain.

C’est également Giustiniani qui lui commande cette toile, intitulée Le Christ devant le Grand Prêtre (1617, Londres National Gallery). Elle illustre parfaitement l’influence qu’exerça Caravage sur Honthorst. La toile s’organise autour d’une bougie placée au centre du tableau qui éclaire fortement les éléments essentiels : l’avant bras, le visage et surtout le doigt dressé du Grand Prêtre, le livre de la Loi et le visage et la tunique blanche du Christ. Le reste de la composition disparaît dans l’ombre. La puissance expressive de la lumière, explorée par Caravage, prend avec Honthorst et ses éclairages à la bougie une dimension plus théâtrale encore et on comprend immédiatement pourquoi il fut ainsi surnommé par les Italiens « Gherardo delle notti » (Gérard des nocturnes). Honthorst a recours à ce type d’éclairage pour donner une tension dramatique à cet épisode de la Passion du Christ. Après avoir été arrêté au jardin des Oliviers au cours d’une nuit de prières, Jésus est emmené devant le Grand Prêtre du temple de Jérusalem, Caïphe pour être interrogé. Alors que le Grand Prêtre lui demande s’il est le Fils de Dieu, Jésus répond : « Tu l’as dit ». Il est alors accusé de blasphème et condamné à mort. Honthorst utilise également la source de lumière à des fins symboliques. La tunique blanche du Christ réfléchit bien davantage la lumière que le riche vêtement doublé de fourrure du Grand Prêtre mettant en valeur Jésus, « Lumière du Monde ».

De retour dans sa ville natale, dans les années 1620, il fut l’un des principaux représentants de l’école caravagesque d’Utrecht qui perpétua le style de Caravage aux Pays-Bas. On retrouvera, d’autre part, le principe de la scène nocturne fortement éclairée par une bougie dans les tableaux de Georges de La Tour. On ignore cependant si le peintre français connaissait les œuvres de Honthorst.

Publicités