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Vermeer - Jeune fille a la perle

Johannes Vermer a été baptisé le 31 octobre 1632, il y a exactement 381 ans aujourd’hui. Sa Jeune fille à la perle (vers 1665, La Haye, Maurithuis) est un de ses tableaux les plus connus et les plus étudiés pourtant il reste auréolé d’un mystère. Qui est la jeune fille représentée par Vermeer? Plusieurs générations d’historiens d’art chevronnés et amateurs ont tenté sans succès d’identifier le modèle. On pense désormais qu’il ne s’agit peut-être pas d’un portrait mais plutôt d’un « tronie ».

Ce vieux mot hollandais tombé en désuétude n’a pas d’équivalent en français. On pourrait le traduire par « trogne » mais ce dernier d’un registre plutôt familier, s’applique généralement aux visages rougeauds et épanouis de ceux qui ont bien bu et bien mangé… Tout cela est si éloigné de la magnifique jeune fille représentée ici ! « Tête d’expression » est sans doute la traduction la plus satisfaisante.

Le « tronie » est un genre à part entière, assez fréquent dans la peinture hollandaise du XVIIe siècle, pratiqué notamment par Rembrandt et Frans Hals. Autoportrait en costume oriental de Rembrandt (1631, Petit Palais) ou La bohémienne de Frans Hals (Louvre) sont ainsi des tronies. Pour peindre un tronie, l’artiste utilise les traits d’un modèle ou parfois son propre visage mais son intention n’est pas de faire un portrait. Il cherche plutôt à décrire une expression, une physionomie, un type de personnage (le vieil homme, la jeune fille, l’Oriental…) et met généralement en scène son modèle avec des vêtements et accessoires qui permettent de donner une touche antique, luxueuse, exotique… à son tableau.

La mode des tronies est une véritable aubaine pour les peintres. Avec ce type de tableaux, ils peuvent en effet laisser libre cours à leur créativité et leur imagination et choisir à leur guise la composition, la pose, la technique… ce qui n’est pas du tout le cas pour le portrait. Faire un portrait ce n’est pas en effet pas uniquement saisir au mieux une ressemblance mais c’est aussi répondre aux exigences d’un commanditaire qui souhaite laisser à la postérité une certaine image de lui-même et de son rang social. Le genre du portrait est assez conservateur, le commanditaire optant généralement pour une formule à la mode et qui a fait ses preuves. Il choisit ainsi la pose, le vêtement, l’arrière-plan qui répond le mieux à l’image qu’il veut donner de lui-même. Le rôle du peintre est alors uniquement de donner vie à la mise en scène choisi par son commanditaire.

Plusieurs inventaires du XVIIe siècle mentionnent des « tronies » de la main de Vermeer. Il en aurait peint au moins trois et il est fort probable que La Jeune fille à la perle soit l’un d’entre eux. On comprend dès lors beaucoup mieux pourquoi la jeune fille porte un turban, ce qui n’était absolument pas le cas des jeunes filles hollandaises du XVIIe siècle ou encore l’effet de surprise que l’on perçoit sur son visage et dans ce regard extraordinaire que l’on n’oublie pas dès lors que lors qu’on l’a croisé une fois.

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