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Sisley- Inondation a Port Marly

Un ciel immense qui occupe généralement les deux tiers de la composition, une rivière dans laquelle se reflète le ciel, un chemin ou une route qui s’enfuit vers la ligne d’horizon, des arbres, des bateaux, quelques maisons, une ou deux silhouettes et de rares signes de la présence des hommes et de leurs activités et surtout une saison, un moment de la journée, une lumière… voilà ce qui compose chaque toile d’Alfred Sisley.

Né le 30 octobre 1839, il y a exactement 174 ans aujourd’hui, Sisley a peint inlassablement et presque exclusivement des paysages, durant toute sa carrière, du début des années 1860 jusqu’à sa mort en 1899. Il est sans doute le plus pur représentant de l’impressionnisme car contrairement à Renoir, Monet ou Pissarro qui s’en éloignent dès les années 1880, il reste fidèle aux principes de ce mouvement (peinture en plein air, sensibilité aux conditions atmosphériques, séries, touches divisées…) jusqu’à la fin de sa vie. Pourtant, dans l’histoire de l’impressionnisme, son nom reste bien en retrait de celui de l’illustre Claude Monet !

Durant l’hiver 1874, Sisley s’installe à Marly-le-Roi avec sa famille. Au printemps 1876, une crue très importante de la Seine inonde le village voisin de Port-Marly. L’artiste consacre une série de six toiles à cet événement dont cette Inondation à Port-Marly (1876, musée d’Orsay) qui sera présentée à la deuxième exposition impressionniste. Elle est relativement bien accueillie. Zola dira par exemple que «Sisley de même est un paysagiste de beaucoup de talent et qui possède des moyens plus équilibrés que Pissarro. (…) Son tableau Inondation à Port-Marly est fait de larges coups de brosse et avec une coloration délicate. » Equilibre et délicatesse, voilà deux mots qui reviennent sans cesse à propos de Sisley. Ce dernier est moins hardi que Monet. S’il utilise de grandes touches larges et juxtaposées pour dépeindre la grande nappe liquide qui a tout envahi, il décrit avec une facture plus précise les murs beiges et orangés du magasin du marchand de vins encerclé par les eaux. De plus, il construit solidement sa composition selon des règles traditionnelles du paysage. La Seine en crue occupe un tiers horizontal du tableau et le ciel, les deux autres tiers. À l’écran formé à gauche par le magasin répond celui esquissé à droite par les arbres et le poteau télégraphique. La stabilité et la permanence des éléments solides s’opposent à la fugitive mouvance de l’élément liquide. Enfin, Sisley, comme Monet dans son Impression, Soleil levant (1874, Marmottan), utilise une juxtaposition de deux couleurs complémentaires, le bleu (l’eau, le toit, le ciel) et l’orange (murs du magasin) mais contrairement à Monet ses couleurs ne sont pas vives, comme sorties directement du tube, mais noyées dans une tonalité très grise et se répondent sans dissonance.

Artiste au tempérament réservé et solitaire, il pratiquera un impressionnisme plus réservé et mesuré que ses illustres confrères mais plus durable…

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