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Baugin - Dessert de gaufrettes

Vous avez certainement déjà fait cette expérience inoubliable d’une rencontre imprévue avec un tableau qui accroche votre regard alors que vous promenez nonchalamment dans les salles d’un musée dont les cimaises ne présentent pourtant que des chefs-d’œuvre. Ce tableau qui vous interpelle et devant lequel vous passez de longues minutes, alors que vous en avez auparavant négligé beaucoup d’autres devant lesquels vous êtes passé en coup de vent. Ce tableau dont vous vous souvenez longtemps après avoir quitté le musée et qui vous donne envie d’y revenir.

C’est exactement ce qui m’est arrivé, il y a quelques année, avec ce Dessert de gaufrettes de Lubin Baugin (vers 1630-1635, Louvre). Ce petit tableau m’a permis d’apprécier le genre de la nature morte qui m’avait jusqu’alors laissée complétement indifférente.

Il faut dire que dans mon idée, les natures mortes étaient avant tout ces grands tableaux peints au XVIIe siècle par les écoles du Nord représentant une table couverte de victuailles dont la composition allégorique suggérait la vanité et la précarité de la vie humaine. Ce Dessert de gaufrettes peint pourtant à la même période frappe au contraire par sa simplicité, son austérité et son silence. Baugin n’y représente que trois objets posés sur une table : un verre de vin, une flasque de vin dans son étui d’osier et un plat en étain garni de gaufrettes. Ces objets sont figurés par des volumes aux formes simplifiées presque géométriques. L’espace est constitué de larges surfaces plates monochromes aux couleurs froides. L’ensemble prend vie grâce à la lumière cristalline qui jaillit de la fenêtre que l’on devine à gauche, et qui modèle les ombres et les volumes. Ici, contrairement aux œuvres des peintres nordiques ou de Zurbaran, la nature morte ne semble délivrer aucun message religieux ou moral. Ce tableau n’est pas bavard, son silence appelle plutôt à la méditation ou au simple plaisir de l’œil. L’aspect esthétique prend une place primordiale. Le peintre y prouve la virtuosité de son pinceau à reproduire la réalité et cherche à nous faire partager « l’émotion poétique devant la beauté qu’il a entrevue dans ces objets et dans leur assemblage » (Charles Sterling). Baugin, comme Chardin, un siècle plus tard, célèbre dans de petites compositions resserrées et austères, la beauté des choses simples. Un message positif, un appel à savourer la vie quotidienne qui me touche plus profondément que celui des grandes vanités hollandaises…

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