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Girodet - Le Sommeil d Endymion

Théophile Gautier est mort le 23 octobre 1872, il y a 141 ans aujourd’hui. Nous connaissons tous le romancier et poète, auteur du Capitaine Fracasse mais ignorons souvent qu’il fut également un grand critique d’art.

Son Musée du Louvre a été publié en 1867 dans un volume collectif destiné à présenter Paris aux visiteurs de l’Exposition Universelle. Il s’agit d’une visite du musée où Gautier décrit brièvement les tableaux dans un style clair et limpide. De vrais petits poèmes en prose ! A titre d’exemple, j’ai choisi de vous retranscrire sa description du Sommeil d’Endymion d’Anne-Louis Girodet (1791, Louvre) qui m’est apparue très à propos dans le cadre de la polémique qui fait actuellement rage autour de l’exposition  Masculin/Masculin du musée d’Orsay. Je lui laisse donc la parole :

« Nous aimons beaucoup le Sommeil d’Endymion. L’idéal de beauté, chez les modernes, se porte vers la femme, et il est rare qu’un peintre de nos jours l’ait cherché dans l’expression du type viril la plus parfait. Chez les Grecs, l’idéal n’avait pas de sexe, et l’homme le représentait aussi bien que la femme. (…) Girodet dans son Endymion a fait une peinture vraiment grecque. Il a peint le beau dormeur dans sa grotte du mont Latmos, couché sur son manteau et sur une peau de tigre. Son beau corps a toutes les grâces de l’éphèbe et se déploie dans la pénombre avec la blancheur et la perfection du marbre antique le plus pur. On conçoit que la chaste Phoebé se soit éprise de ce charmant jeune homme, et descende du ciel pour le visiter. Déguisé en Zéphyr et reconnaissable à ses ailes de papillon, Éros entr’ouvrant les feuilles, donne passage à l’amoureux rayon de lune, qui s’écrase passionnément dans une vapeur bleuâtre sur les belles lèvres et la poitrine marmoréenne du dormeur. Un chien dort dans un coin du tableau. Un arc et un carquois gisent auprès d’Endymion. Il semble, toute proportion gardée, qu’Apelles n’eût point conçu autrement ce sujet. Sur le tronc du platane qui abrite le sommeil du bien-aimé de Diane, sont écrits deux mots mystérieux, dont le premier disparaît sous l’ombre des feuilles et dont le second présente en caractères grecs le mot AER. Que signifie, dans la pensée du peintre, cette inscription énigmatique, à demi voilée d’un clair-obscur mystérieux? Nous l’ignorons. »

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